Pastels, graphites, gravures et deux bronzes : le musée Goya de Castres présente du 17 octobre au 14 mars Le Bal des corps, une exposition consacrée au peintre et dessinateur Félix de Recondo, avec une trentaine d’œuvres des années 1970 aux années 2000 autour de corps tourmentés et fragmentés.
Né à Aranjuez en 1932, Félix de Recondo quitte Irun dès 1936, à quatre ans, pour se réfugier en France avec sa famille et échapper au franquisme. Installé à Paris, il étudie l’architecture et la pratique jusqu’en 1972, puis se consacre à la gravure, au dessin et à la peinture. Remarqué en 1974 par le marchand d’art Jacques Kerchache, qui lui organise une exposition dans sa galerie, il expose ensuite en France, en Suède, en Italie et aux États-Unis. À la FIAC de 1981, de grands panneaux peints et dessinés à la pointe d’argent, une technique oubliée depuis la Renaissance, sont présentés par la galerie Isy Brachot.
Son œuvre multiforme, de 1972 aux années 2000, explore la complexité humaine. Ses grands dessins à la mine de plomb et à la pointe d’argent font surgir de la feuille blanche des créatures incertaines, souvent solitaires, aux anatomies inventées. À partir de 1984, les pastels changent la donne : le personnage, haut en couleurs, devient social, se pare, dialogue avec le spectateur. La sculpture, découverte à Pietrasanta en 1980, donne chair à ces figures nues, modelées en marbre puis en bronze. En 2001, il façonne treize transis en terre crue, grandeur nature, en écho à l’exhumation des charniers de la guerre civile espagnole.
L’exposition retrace ce parcours à travers une trentaine d’œuvres : pastels, graphites, gravures et deux bronzes. Elle part des premières gravures de prisons des années 1970, très proches des Désastres de la guerre de Goya, pour aller jusqu’aux grands personnages déformés des années 2000, assis sur des coussins colorés. Marqué par l’exil, par la peur et par les tortures exercées par Franco, l’artiste interroge la nature humaine à travers des corps souffrants, qui semblent glisser, se dérober, jusqu’à disparaître.
Atypique, son univers dialogue avec ceux de Francis Bacon, de Hans Bellmer ou de Georges Bru, un ami, sans relever directement d’aucune de ces influences. Il partage avec eux le goût des métamorphoses du corps, des visions oniriques et de l’inquiétante étrangeté du monde, à la croisée de l’expressionnisme et du surréalisme. Le commissariat est assuré par Joëlle Arches, directrice du musée Goya, et Julien Michel, avec la collaboration de Cécile Humeau et de Léonor de Récondo, épouse et fille de l’artiste. Un catalogue de 48 pages, édité par la Ville de Castres, accompagne l’exposition.
Plusieurs rendez-vous l’accompagnent : une visite des commissaires en présence de la famille de l’artiste le 17 octobre à 15h, des visites guidées jusqu’en mars, un stage de gravure à la pointe sèche les 21 et 22 novembre et un midi musical pour voix et piano le 6 mars.
Plus d’infos : castres.fr
Photo : Félix de Recondo (1932-2015), Femme tête cachée, 1988. Pastel. Collection particulière Photo © Ville de Castres