Cofondée par Anthony Chastas et Marie-Aude Tran, l’agence d’art Trifolium accompagne les artistes contemporains en collaboration avec les galeries et les institutions. À l’occasion de la première participation de l’agence à Art Montpellier, Marie-Aude Tran revient sur la philosophie du projet et sur Mer et Rivages, l’exposition présentée cette année.
« Nous partons d’une conviction : l’art a un véritable pouvoir d’impact. »
Pouvez-vous me raconter la genèse du projet Trifolium ?
Le projet est né il y a trois ans à l’initiative d’Anthony Chastas, mon partenaire. Après une première carrière, il a voulu revenir à ce qui le faisait vraiment vibrer : le contact avec les artistes. Depuis toujours, il s’est senti à l’aise dans cet univers, fasciné par leur manière de traduire le monde. Mais il ne souhaitait pas créer une galerie classique. Il voyait un autre besoin : accompagner les artistes sur la durée, tout en travaillant en lien avec les galeries. C’est ainsi qu’est née Trifolium, une agence d’art conçue pour soutenir les artistes dans leur visibilité, leurs projets et leurs relations, afin que leur voix puisse pleinement s’exprimer.
Les artistes captent les signaux faibles de notre époque et les traduisent en œuvres qui ouvrent de nouveaux récits. Parfois, une œuvre vaut plus que mille mots. Notre rôle est de leur permettre de se concentrer sur la création, tout en leur ouvrant des espaces d’exposition dans des lieux où les galeries ne vont pas forcément, pour toucher d’autres publics.
Vous avez donc un rôle de représentation et de médiation à la fois.
Exactement. Nous discutons avec les galeries et parfois les musées pour défendre la voix et les droits des artistes. Et nous créons aussi des expositions pour les institutions ou les collectivités, afin d’éveiller les consciences et de favoriser le dialogue autour de sujets de société.
Pouvez-vous citer quelques projets que vous avez menés ?
En ce moment, nous présentons une exposition au Minorel, autour de la notion de visibilité : qu’est-ce qu’être visible dans un monde saturé d’images et de réseaux sociaux ? L’artiste y aborde le sujet avec humour et légèreté. Nous avons aussi organisé une exposition photo et vidéo au Théâtre national de la Danse – Chaillot, à Paris, sur notre rapport au temps et la sensation d’être parfois à contresens d’un monde qui va trop vite.
Enfin, Mer et Rivages, présentée à Lille et bientôt à Montpellier, aborde les enjeux liés aux mers et aux fonds marins. Conçue avec des scientifiques de l’ADREAL et avec Nausicaá, elle interroge notre relation à la mer : devons-nous continuer à prendre, ou au contraire redonner ? Nous aimons les œuvres monumentales et les expériences sensorielles qui touchent tous les publics. Chaque artiste aborde un angle différent du thème, qu’il s’agisse de la beauté cachée des abysses ou du lien symbolique entre poissons et humanité.
Comment choisissez-vous vos artistes ?
Nous cherchons en permanence de nouveaux talents. Le logo de Trifolium, un trèfle à quatre feuilles, symbolise cette rareté : sur dix mille, un seul sort du lot. Nos choix reposent sur quatre valeurs essentielles. D’abord la découverte, car nous aimons les artistes capables de proposer un regard ou une technique nouvelle. Ensuite, l’esthétique, parce que nous croyons au pouvoir du beau, capable de toucher durablement là où le choc ne fait que provoquer. La troisième valeur est la culture, au sens de la profondeur du propos et des réflexions qu’une œuvre peut susciter. Enfin, il y a l’investissement, celui que nous plaçons dans l’accompagnement de l’artiste, mais aussi celui qu’il inspire au public.
Nous travaillons sur le long terme : certains artistes, nous les avons accompagnés pendant des années avant qu’ils ne révèlent leur travail. Nous cultivons aussi entre eux un esprit de communauté, car un artiste est souvent seul dans sa pratique. Chez nous, il trouve un espace d’échange et de soutien.
Et le volet commercial ? Vous avez aussi une galerie en ligne.
Oui, mais notre rôle n’est pas de remplacer les galeries. Nous les mettons en relation avec les artistes et, lorsqu’ils ne sont pas encore représentés, nous pouvons présenter leurs œuvres en ligne. Nos ventes concernent surtout les entreprises, les collectivités et les promoteurs. Nous sommes convaincus que l’art peut incarner les valeurs et les engagements d’une organisation. Les œuvres installées dans une entreprise peuvent raconter son histoire, ses ambitions ou ses engagements RSE. Nous proposons aussi des locations, pour faire circuler les œuvres et renouveler le regard.
Nous réalisons également des œuvres monumentales pour les communes ou les nouveaux quartiers : des créations qui traduisent l’histoire d’un lieu et favorisent la médiation avec les habitants.
Vous serez présents à Art Montpellier. Quelle forme prendra votre participation ?
Oui, c’est notre première participation à Art Montpellier, même si nous avons déjà pris part à d’autres salons. Nous y présenterons Mer et Rivages, une plongée dans les fonds marins en lien avec la thématique du voyage proposée cette année. Labellisée par le ministère de la Transition écologique, l’exposition a été conçue avec des scientifiques et des acteurs du territoire. Elle est pensée pour voyager, pour être accueillie par les communes qui souhaitent sensibiliser leurs habitants à ces enjeux.

Whale, Clément Lesaffre
Sur le stand, deux œuvres monumentales accueilleront le public : l’une d’Yves Gaumetou, artiste confirmé, et l’autre de Christophe Rollin, artiste émergent. On découvrira aussi les photographies sans montage de Jérémy De Backer, les sculptures de Muriel Bonan, les œuvres du plongeur-artiste Clément Lesaffre, qui “dépeint” plutôt qu’il ne peint, une vidéo de Mathieu Blanc Francard (alias Sinclair) et les compositions colorées d’Anouk Vigneau. Chaque artiste apporte une vision singulière : poétique, scientifique, sensorielle ou militante, mais toujours tournée vers la beauté et la préservation du vivant.
Plus d’infos : trifolium-artgallery.com
Photo : Anthony Chastas et Marie-Aude Tran