Bien que née en Ukraine, il importait que ce fût dit, Louise Nevelson est associée, pour le grand public à sa ville adoptive, New York : à sa verticalité légendaire, à ses artistes innovants et notamment à ses chorégraphes, à sa profusion également dont témoignent les objets mis au rebut que l’artiste a su récupérer et transfigurer.
L’importance du noir (Black Majesty), à l’exclusion des couleurs, les jeux d’ombre et de lumière qu’il permet, la radicalité de la démarche, justifient amplement cette présentation au musée Soulages. Ce dernier appréciait semble-t-il sa consœur, laquelle se voulait avant tout sculptrice même si sa pratique procède avant tout de l’assemblage. Son matériau de prédilection est le bois peint, en noir donc, parfois aussi en blanc (Dream wedding chapell) et parfois le doré. Même si les divers coffres et armoires de son installation Artillery Landscape sont dispersés dans l’espace, elle s’est fait surtout reconnaître par ses constructions murales, le plus souvent orthonormées, en relief, contenant des objets et figures géométriques. Ce n’est pas par hasard si les premiers sont empruntés à l’univers domestique qu’elle a fui afin de se consacrer à la création. La maison, fût-elle une maison de rêve, incarne pour elle l’aliénation et la contrainte, peut-être aussi un peu l’envahissante société de consommation.
Par ailleurs, Louise Nevelson s’est intéressée à la danse, ce dont témoignent ses premières sculptures (pensons à Moving-Static-Moving) et la dynamique orchestique (ou chorégraphique) de certaines de ses pièces (dont Dawn’s Presence), dévolue à l’aube. On retrouve un peu toutes les périodes dans cette exposition qui reprend partiellement celle orchestrée par le Centre Pompidou-Metz. En cinq sections seulement, qui nous familiarisent avec l’inventrice des Atmosphères et Événements, laquelle, comme son hôte posthume, accordait une place prépondérante à l’espace environnant sans lequel une œuvre ne connaît pas la plénitude. Comme chez Soulages aussi, Louise Nevelson aimait à se frotter au monumental depuis son voyage décisif au Mexique précolombien. Il y avait chez elle une volonté d’ordonner le chaos que l’on peut extrapoler vers des considérations métaphysiques ou peut-être aussi d’ordre magique. Une série de gravures s’intitule d’ailleurs Magic garden et une œuvre murale Black secret wall. Ce sont en tout cas quelque 100 œuvres qui seront montrées, parmi lesquelles des collages audacieux dans des tons dorés. Enfin, en femme moderne, l’artiste se laissait photographier en star médiatique. On verra ainsi de nombreux portraits d’elle, quelque peu excentriques, et ce regard pénétrant qui scrutait le monde.
BTN
Plus d’infos : musee-soulages-rodez.fr
Photo : Louise Nevelson, Shadow and Reflection I, 1966. Bois peint en noir, 273,5 x 430 x 65 cm. Musée de Grenoble, MG 3345. Achat à la Galerie Jeanne Bucher, 1969. Copyright : © Estate of Louise Nevelson. Licensed by Artist Rights Society (ARS), NY/ADAGP, Paris / Photo : © Ville de Grenoble / Musée de Grenoble -J.L.Lacroix












