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Sylvanès | « La musique est un chemin vers l’autre autant que vers soi » – Rencontre avec Michel Wolkowitsky pour le Festival de Musiques Sacrées – Musiques du Monde

10 Juil 2026 | Musiques

 » La musique, dans sa dimension spirituelle, est un chemin vers l’autre autant que vers soi « 

Nichée au cœur d’une vallée de l’Aveyron, l’Abbaye de Sylvanès accueille du 12 juillet au 6 septembre la 49e édition de son Festival de Musiques Sacrées – Musiques du Monde. À quelques jours de l’ouverture, Michel Wolkowitsky, directeur artistique fondateur du festival et maire de Sylvanès, lève le voile sur une programmation placée sous le signe des « Horizons proches et lointains » — créations inédites, dialogue interculturel, missions pédagogiques et nouveau bâtiment d’accueil. L’abbaye, qui célèbre également les cinquante ans de son association, n’a jamais été aussi vivante.

La création occupe à nouveau une place importante dans cette 49e édition. Quelle est sa place au sein du festival, et comment naissent ces nouvelles pièces ?

La création est fondamentale pour nous : nous ne sommes pas seulement un festival de diffusion, nous sommes aussi un festival de production, en partenariat avec des ensembles et des compositeurs. Il y a deux types de créations : la création contemporaine, où nous passons une commande d’œuvre à un compositeur avec l’engagement de la diffuser dans le cadre du festival ; et les créations de répertoires — des ensembles qui viennent avec l’intention de monter un programme, reçus en résidence, et dont le programme naît dans le cadre du festival.

En musique contemporaine, je citerai la création du 14 août : une œuvre de Christophe Guyard, De Undis ad Stellam, un hommage à la Baie du Mont-Saint-Michel — un poème lyrique et symphonique en un acte avec soprano, récitant, grand orgue, percussions et chœur d’hommes, d’inspiration poétique et spirituelle. Du côté des créations d’ensembles, j’en citerai deux. Les Mécanos, accueillis en résidence au mois de juin, montent tout un programme des Pyrénées aux Alpes italiennes, en passant par le Massif central et jusqu’à la Catalogne — de la polyphonie méridionale, un chœur d’hommes aux voix puissantes, coaché par Pascal Caumont, spécialiste de la musique occitane. Et le 23 août à 17h, AltaiRila, voix mongoles et bulgares — un hommage à la terre et aux peuples mongol et bulgare, avec le Quatuor Balkanes et un ensemble de diphoneurs mongols pratiquant le chant diphonique. Sept artistes issus d’horizons différents, qui défendent leurs traditions tout en cherchant des points de convergence entre ces deux répertoires. Ce sont peut-être les deux créations les plus originales de cet été. Nous produisons et faisons également tourner d’autres créations : ce sera le cas de Mémoire des Mers, le 6 août à Millau et le 8 août à Conques : une balade autour du bassin méditerranéen, Syrie, Liban, Palestine, Égypte, Bulgarie, Bosnie, Grèce.

Ces chants qui traversent les continents et les cultures — le thème de cette édition, « Horizons proches et lointains », traduit-il ce qui fait l’identité profonde du festival ?

La philosophie du festival, c’est faire rencontrer les grandes œuvres du répertoire sacré de l’Occident — jusqu’aux créations contemporaines — avec le monde, les mondes, qui eux aussi ont des traditions sacrées et populaires. Cette année, nous voyageons loin, jusqu’en Asie. Pour moi, cette thématique « Horizons proches et lointains », c’est rapprocher tous ces horizons qui sont peut-être extrêmes : une manière d’habiter le monde de façon plus attentive, plus sensible, plus fraternelle aux autres dans leurs différences. Ce que permet la musique dans son engagement universel, c’est de n’avoir pas besoin de parler la même langue pour faire de la musique ensemble et partager quelque chose d’essentiel. Dans toutes ces voies culturelles et spirituelles se dessine une conviction simple et essentielle : la musique, dans sa dimension spirituelle, est un chemin vers l’autre autant que vers soi.

Au-delà des créations, quels sont vos coups de cœur dans cette programmation ?

Il y aura des œuvres très classiques : Mozart, Haydn, beaucoup de Vivaldi, Rossini, les grandes œuvres bien connues du festival. Mais les originalités de cette année, ce sont deux opéras de Purcell : Didon et Énée le 19 juillet avec le Jeune Orchestre Baroque Européen sous la direction de Sylvain Sartre, et The King Arthur sous la direction de Bernard Tétu, dans le cadre de notre atelier de production, qui prépare chaque été des œuvres données dans le festival. Et dans le cadre des musiques du monde, nous accueillerons un ensemble irano-israélien — dans le contexte international actuel, il faut le souligner — qui restera en résidence et proposera un programme vraiment captivant, rythmé, mêlant chants séfarades traditionnels, mélodies persanes et créations contemporaines, autour des poésies de Louise Aslanian, une grande écrivaine et poétesse née en Iran, devenue une figure marquante de la Résistance française.

Cette année marque les cinquante ans de l’association des Amis de l’Abbaye de Sylvanès. Qu’est-ce qui a motivé sa création en 1976, et qu’est-ce qui en fait encore écho aujourd’hui ?

La première chose, c’était restaurer un lieu, le sortir de l’oubli. L’abbaye, quand nous l’avons découverte — j’y suis arrivé en 1972 avec le Père André Gouzes, et nous nous y sommes installés en 1975, c’était alors un patrimoine majeur mais complètement oublié. Une grande partie avait été aménagée en bâtiment agricole. Notre motivation était de restaurer ce lieu et de le faire vivre avec ce que nous savions faire : la musique. Le Père Gouzes était lui-même grand compositeur de musique liturgique, et moi, j’étais encore un chanteur en formation. Ce qui nous a aussi inspirés, c’est la qualité acoustique de l’abbaye : un écrin magique pour la voix. Nous n’avons pas eu à chercher longtemps ce que nous allions y faire. La dominante vocale de notre festival et de nos activités vient de là. Ce lieu nous a énormément inspirés. Aujourd’hui la restauration est terminée, nous sommes Centre culturel de rencontre depuis 2015, et nous venons de procéder à une extension contemporaine de l’abbaye, qui ouvrira ses portes dans ces tout prochains jours. Les Centres culturels de rencontre, ce sont des lieux qui ont perdu leur vocation première et qui, en travaillant un projet artistique et culturel innovant, ont permis la restauration et la vie du lieu dans une offre culturelle contemporaine.

Le festival est le point d’orgue de l’année, mais il se passe beaucoup de choses en dehors — patrimoine, formation, éducation… Pouvez-vous nous en dire plus sur toutes ces missions menées à l’année ?

Comme Centre culturel de rencontre, notre thématique est « musique et dialogue des cultures », avec pour objectif majeur d’expérimenter, partager, transmettre. Elle se décline autour de différents axes. D’abord le patrimoine, avec tout un programme de visites et de médiation. Ensuite tout ce qui tourne autour du festival : diffusion, mais surtout création et production musicale, résidences d’artistes, commandes d’œuvres, insertion professionnelle des jeunes chanteurs. Nous en sommes à la quarante-neuvième édition cette année. Le troisième volet touche à la formation et à la pédagogie du chant, du débutant à l’amateur éclairé jusqu’au jeune professionnel : stages de chant choral, masterclasses, ateliers coraux, académie de chœur pendant l’été — musique du Moyen Âge, polyphonies traditionnelles d’Occitanie, chant corse, géorgien, arabo-andalous, séfarade, bulgare. Toutes ces pratiques que nous proposons tout au long de l’année, et plus particulièrement l’été, font l’originalité du lieu.

Le quatrième pôle, et nous tient particulièrement à cœur, c’est l’éducation artistique et la pratique artistique des jeunes. Nous sommes dans un milieu rural où l’offre culturelle est différente. Ce que nous voulons, c’est que les jeunes puissent pratiquer, ne soient pas simplement observateurs. Depuis six ans, nous avons formé une chorale avec toutes les écoles de notre petite communauté de communes qui rassemble près de 200 enfants. Il y a aussi tout ce que nous faisons autour de la biodiversité : nous sommes au cœur d’une forêt à la fois riche et en danger avec le réchauffement climatique. Et enfin les rencontres interculturelles — des retraites qui permettent à des gens de prendre du recul, de s’immerger dans un lieu qui prête à la méditation, avec des intervenants comme Thierry Jansen, Alexandre Jollien, Olivier Chabryac, qui donnent un regard sur le monde d’aujourd’hui et nous invitent à rechercher un peu plus de paix en soi.

Vous évoquiez tout à l’heure ce nouveau bâtiment inauguré cet été. Pourquoi était-il important de le construire, et qu’est-ce que ça va apporter concrètement à l’abbaye et à ses visiteurs ?

L’abbaye de Sylvanès a subi de lourds dommages : il ne reste que le joyau qu’est l’abbatiale, et simplement la tranche orientale avec l’ancienne sacristie, la salle capitulaire et le scriptorium. Pendant longtemps, nous avons pu fonctionner ainsi. Mais avec la labellisation Centre culturel de rencontre et Grand Site Occitanie, il fallait des espaces différents — un meilleur accueil des publics, une meilleure circulation. La gestion des flux touristiques était très compliquée, un désagrément pour nos résidents artistes et stagiaires. Ce bâtiment va d’abord offrir un meilleur espace de travail pour nos équipes. Il y aura ensuite un grand accueil touristique qui mettra en valeur notre territoire, le département de l’Aveyron et la région Occitanie, un auditorium équipé multimédia où nous pourrons faire du cinéma, des conférences — ce qui permettra de désengorger les parties classées pour une meilleure visite du lieu. Nous développons aussi une librairie et un espace convivial où les visiteurs pourront se retrouver, favorisant la rencontre. Et surtout, nous refermons l’abbaye et nous lui redonnons un espace intérieur protégé. Cette grande prairie sera considérée comme un grand cloître de nature.

Cette année les cinquante ans de l’association, l’année prochaine les cinquante ans du festival — quels sont les défis à venir pour continuer à faire vivre cette idée de rencontre et de dialogue ?

Le défi pour toute structure culturelle aujourd’hui, c’est de continuer, résister, d’être pérenne. Les coupes de financement public que nous avons subies nous ont tous fragilisés. Nous sommes dix salariés à l’année, une vingtaine l’été. L’enjeu, c’est d’avoir une activité suffisamment attractive pour qu’elle apporte au centre ce qu’il faut en termes de fonctionnement. Mais, surtout, il faudrait que nos élus comprennent que la culture est quelque chose d’incontournable pour notre santé. Ce qui nous nourrit intérieurement et spirituellement, ce qui nous permet de rester des hommes porteurs de toutes les valeurs de cet humanisme — il ne faut pas le sacrifier. Après, je reste optimiste. Je pense à passer le relais — cela fait tout de même cinquante ans que je suis là — et je fais confiance aux personnes qui prendront ma place, parce qu’elles apporteront des choses nouvelles. Mais l’inquiétude est là, et il faut être réaliste face à la difficulté des temps. Pas seulement pour le secteur culturel, mais en particulier pour lui, parce que c’est généralement le premier à être sacrifié.

Programme complet – 49e Festival de Musiques Sacrées – Musiques du Monde
Abbaye de Sylvanès (Aveyron) – 12 juillet au 6 septembre 2026

Dim. 12 juil. 17h : Illuminare – Mozart, Haydn, Chilcott, Hagenberg. Ensemble vocal et instrumental de Montpellier, dir. Franck Fontcouberte.
Dim. 12 juil. 21h : A trè voci, chants traditionnels de la Corse aux Balkans. Maryana Golovchenko, Tatiana Lina, Nadine Rossello.
Mar. 14 juil. 17h : Linha[a] • Création du festival • Les Mécanos, dix voix d’hommes a cappella, dir. artistique Pascal Caumont.
Ven. 17 juil. 21h : LAS – La voix de la Résistance • Création du festival • Sistanagila, collectif d’artistes iraniens et israéliens.
Dim. 19 juil. 17h : Petite Messe Solennelle de Rossini. Chœur symphonique de Montpellier, dir. Daniel Bargier.
Dim. 19 juil. 21h : Didon et Énée, opéra de Purcell. Jeune Orchestre Baroque Européen, dir. Sylvain Sartre.
Dim. 26 juil. 17h : The King Arthur, opéra de Purcell. Atelier choral – production / Orchestre de chambre de Toulouse, dir. Bernard Tétu.
Dim. 26 juil. 21h : Horizons lointains – musiques anciennes et traditionnelles d’Europe et d’Orient. Ensemble Myrias.
Sam. 1er août 17h : Musique romantique allemande pour voix de femmes – Schubert, Schumann, Brahms, Mendelssohn. Atelier choral – production, dir. Daniel Bargier.
Dim. 2 août 17h : Requiem de Mozart, d’après un manuscrit inédit portugais. Les Paladins, octuor de solistes, dir. Jérôme Correas.
Dim. 2 août 21h : Musiques traditionnelles de Chine, Japon et Vietnam. Guo Gan, Huong Thanh, Fumie Hihara.
Jeu. 6 août 21h (Millau) : Mémoire des Mers – musiques de Syrie, Liban, Égypte, Irak et Balkans. Ensemble Samanûr.
Ven. 7 août 21h (Saint-Affrique) : Enlaces, musiques du Pays d’Oc et d’Argentine. Compagnie Guillaume Lopez.
Sam. 8 août 21h (Conques) : Mémoire des Mers. Ensemble Samanûr.
Sam. 8 août 21h : Les Orients de Bach, La Kahina et l’Encantaira. Leïla Zitouni, Louise Grévin, Lakhdar Hanou (dir. artistique).
Dim. 9 août 17h : Licht ! autour des motets de Bach • Création du festival • Création de Thierry Escaich. Ensemble Dulci Jubilo, dir. Christopher Gibert.
Dim. 9 août 21h : Bach – Piazzolla, l’art de la fougue. Quatuor Caliente.
Jeu. 13 août 21h30 (Le Vigan) : Magnificat et Gloria de Vivaldi. 37e Académie de chœurs / Orchestre de Chambre de Toulouse, dir. Michel Piquemal.
Ven. 14 août 17h : De Undis ad Stellam de Christophe Guyard • Création du festival • dir. Christophe Guyard.
Sam. 15 août 17h : Magnificat et Gloria de Vivaldi. 37e Académie de chœurs / Orchestre de Chambre de Toulouse, dir. Michel Piquemal.
Dim. 16 août 17h : Viva la Gracia ! Musiques baroques et traditionnelles. Alkymia, dir. Mariana Delgadillo Espinoza.
Dim. 16 août 21h : Nordic Folk Music. Quatuor Femti Fem.
Mer. 19 août 21h (Combret) : Musique sacrée italienne – Vivaldi et Pergolèse. E. Boudeau, S. Hanne, D. Fontcouberte, R. Friedman, S. Liguori.
Ven. 21 août 21h : 500 ans de musique pour cuivres. Connaught Brass, quintette de cuivres.
Sam. 22 août 21h (Combret) : 500 ans de musique pour cuivres. Connaught Brass.
Dim. 23 août 17h : AltaiRila, voix mongoles et bulgares • Création du festival • Quatuor Balkanes / Trio diphonique, dir. Milena Jeliazkova & Johanni Curtet.
Dim. 23 août 21h : Polyphonies traditionnelles de Géorgie. Ensemble Mze Shina, dir. Denise et Craig Schaffer.
Ven. 28 août 21h : Sukoon, musiques du Moyen Orient et d’Amérique latine • Création du festival • S. Alzafari, S. Abo Aljadail, G. Orozco.
Dim. 30 août 17h : Concert Gospel. Chœur Gospelize it Project, dir. Emma Lamadji.
Dim. 30 août 20h30 : Bal traditionnel occitan. Los d’Endacòm.
Dim. 6 sept. 17h : Le Souffle du Berger – musiques pastorales et pièces de Haendel, Bach, Rameau. La Chapelle Harmonique / D. Tricou, dir. Valentin Tournet.

Plus d’infos : sylvanes.com

Photo : Michel Wolkowitsky

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