Cette exposition de Claude Viallat à La Grande Motte, du 10 juillet au 30 août, pourrait faire événement. Elle s’ancre en effet dans les années 60, celle où le jeune Viallat est encore étudiant et cherche sa voie parmi l’effervescence parisienne qu’il découvre avec grand intérêt. Il revient de la guerre d’Algérie, qui l’a bien sûr beaucoup ébranlé. C’est le temps des premières amitiés, des découvertes artistiques et des remises en question décisives qui aboutiront, on le sait, après une expérience niçoise, à la découverte de la forme et à la déconstruction du tableau.
Cette expérience parisienne, Viallat la doit à la ville d’Aubais, où il a passé toute son enfance et qui lui accorde un prêt d’honneur. En contrepartie, l’artiste doit réaliser une œuvre. C’est cette dernière qui sera présentée à la Capitainerie. Elle est composée de 14 panneaux de bois, de deux diptyques et quatre triptyques, de dimensions gigantesques pour l’époque, le tout avoisinant les 21 mètres de long sur plus de deux mètres de haut. Elle est figurative, très marquée encore par Picasso ou des peintres expressionnistes qui ont influencé ses premières œuvres, tel Soutine. Elle représente d’une part un « raset », terme technique emprunté à la course camarguaise dont Viallat fut un familier et un adepte. Elle figure aussi quatre scènes tauromachiques de corrida, dont une abrivado et trois actions clés du rituel dans l’arène. Nous sommes en 1963, à un moment important pour l’histoire de La Grande Motte puisque germe en l’esprit de son concepteur le projet de la station pyramidale que l’on connaît et qui fait à présent partie du patrimoine architectural du XXᵉ siècle. Cette œuvre, présentée grâce à la mairie actuelle d’Aubais, prouve l’attachement de Viallat à des traditions typiquement méditerranéennes, précisément camarguaises, et plus particulièrement à un animal : le taureau, dont il admire le courage et la noblesse, présent dans bien des mythes et qui avait toute sa place dans une ville nouvelle qui s’honore de se trouver dès l’origine aux portes de la Camargue. Ces œuvres figuratives assurent la transition avec la dernière grande expo estivale, laquelle présentait Robert Combas, grand amateur, comme Viallat de bandes dessinées. Enfin les panneaux, étant de grande dimension, placent le visiteur dans la même situation corporelle que les divers acteurs de la course ou du spectacle. Ils rappellent une arène.
Que les amateurs de l’œuvre de Viallat se rassurent : ils retrouveront les toiles libres auxquelles ils sont habitués, sauf qu’il s’agit pour l’essentiel de tissus imprimés, de chevaux, de bateaux et surtout de taureaux. On reste dans l’unité thématique. L’artiste assume ainsi ses goûts de jeunesse et de toute une vie. Il travaille, on le sait, la toile au sol et l’investissement corporel est à son maximum. Il s’agit de dominer son sujet, de se mesurer à lui. On n’est pas si loin de l’expérience taurine.
Et ce n’est pas tout : on sait Viallat un grand collecteur de bois flottés qu’il trouve sur les bords du Rhône, le fleuve royal du territoire camarguais. La Grande Motte a le sien : le Vidourle. Il les mêle à divers autres matériaux de sorte à obtenir une sculpture précaire, souvent taurine, selon le principe que le bois est comme un ancêtre du châssis, les autres matériaux, en général plus souples, une allusion à la toile. Les Tissus libres et les objets sont plus récents. Ils prouvent que l’artiste revient de temps à autre sur des thèmes qui ont marqué ou jalonné sa vie. C’est le sens du titre : Retours en boucles.
Évidemment, les amateurs de formes ne manqueront pas de repérer dans les panneaux des amorces de la forme qui devait se faire jour quelques temps plus tard. On trouve toujours ce que l’on cherche. En tout cas, elle prouve une constante dans toute l’œuvre de Viallat : sa fidélité à la couleur et aux rapports des couleurs entre elles. 1963, 2026, hier se mêle à aujourd’hui, les figures à la forme, le Gard à l’Hérault. Sans doute comprendra-t-on mieux les tenants et aboutissants de l’œuvre de Viallat après avoir vu cette expo.
BTN
Plus d’infos : lagrandemotte.fr
Photo : © Claude Viallat