On voit de plus en plus, dans la région, ce duo féminin très prolifique (citons Iconoscope, le Mrac ou la Panacée…) qui s’est fait un nom commun (et comme au masculin) à partir de deux patronymes distincts. À Céret, il s’agit d’une exposition « monographique » (duographique ?) qui se justifie d’autant plus que l’une des membres d’HH, Gaëlle Hippolyte, est originaire de Perpignan et donc de Catalogne (l’autre, Lina Hentgen, nous vient d’Auvergne). D’autre part, les techniques utilisées par les deux consœurs, on pense au collage (Yellow) ou aux références à des affiches modernes de l’entre-deux-guerres (Shirt 3, de la série Patterns), renvoient à une période de l’histoire de l’art que le musée de Céret apprécie particulièrement et met en exergue afin de définir son identité.
Ceci dit, les deux artistes travaillent essentiellement en série : on s’en rendra compte avec les acryliques et encres sur toile baptisées Résistantes, avec les tentures intitulées B.R.E.E.K, en référence à la brique en œuvre dans la BD Krazy Kat, ou encore avec les Patterns, influencés par la mode, au pastel). Le volume n’est pas oublié. En témoignent certaines Tribus, composées d’objets dressés sur socle, faits de matériaux divers (dont le verre), plus ou moins décoratifs ou fonctionnels. Comme souvent, le duo aime s’approprier les lieux en pratiquant le wall drawing, sur lequel se détachent les dessins.
Les images sont empruntées SEO aux arts des élites qu’aux goûts que l’on dit populaires, aux découvertes sur le Net comme aux souvenirs de voyages, à la presse comme à l’anonymat d’une photo. Au fond, on n’invente jamais rien, tout est citationnel, l’art est dans l’art de combiner. Elles sont malmenées, ces images, car il faut impérativement les sortir du stéréotype qui les menace. HH les combine entre elles, les redistribue en un ensemble ordonné de fragments finissant par trouver leur unité, les rend sciemment floues dans certaines séries (Blue voyeur), les tronque au besoin.
Grâce à des rapprochements inédits, HH se retrouve en plein dans l’esthétique de l’hybridité qui caractérise et fascine notre temps. On s’en aperçoit en particulier dans ces Femmes pratiques en forme d’autoportrait (jouant avec les codes du genre), en noir et blanc, dont les visages sont remplacés par des dessins burlesques et enfantins. Une exposition qui fleure bon la douceur du printemps, la fraîcheur des propositions nouvelles, mais attention : la critique, la dérision n’est pas loin. Le duo a aussi des choses à dire… Au féminin…
BTN
Plus d’infos : musee-ceret.com
Photo : Hippolyte Hentgen, Femmes pratiques (autoportrait), 2021, acrylique et encre sur toile, 150 x 110 cm. Crédit photo : Hippolyte Hentgen © ADAGP, Paris 2026












