Aigues-Mortes est une ville touristique et elle le vaut bien. Ses remparts et ses tours émeuvent car les deux sont chargés d’histoire, et des plus tragiques. Quelle personne sensée accepterait aujourd’hui de subir les affres d’un enfermement démesuré ? Cette problématique ne pouvait manquer d’interpeller une artiste sensible à la condition de la femme, au dialogue redevenu nécessaire avec la nature, et à celui de l’évasion mentale, dont nous avons tant besoin. Lise Chevalier, sétoise d’adoption, est cette artiste et on aura l’occasion de s’en rendre compte au fil du parcours en 5 étapes, 5 est un chiffre d’union – qu’elle nous propose en ce printemps, synonyme d’éternel recommencement et d’espoir.
Les tours, en particulier, ont accueilli des prisonniers célèbres, notamment dans la tour de Constance, Marie Durand, la « résistante » protestante. Lise Chevalier s’est interrogée sur les conditions de vie, notamment le rapport à la privation de lumière, laquelle pouvait provoquer autrefois la cécité. Sur les rares possibilités de distraction que peuvent apporter les mousses et lichens présents sur les murs et qui établissent un rapport à la nature, au vivant. Sur les tentatives aussi de laisser une trace, graphique ou dessinée.
Or cet événement d’ampleur nationale s’inscrit dans le cadre du Printemps du dessin, que l’artiste pratique dans ses dialogues à distance. Elle ne dédaigne pas non plus la relation à l’écriture, d’autant qu’elle confectionne des livres. On trouvera ainsi non seulement une suspension de manuscrit, à l’encre, sur toile de lin, mais des signes rouges, à base de bâtons et céramiques, animant les murs. Une fresque céramique, porte de l’Organeau, déclinant le règne animal et végétal, et la projection de peintures miniatures sur verre, apportent lumière et couleurs, à l’instar de vitraux. Arche est constituée de 80 encres sur verre de diapositives, référence à Noé, lui aussi enfermé 40 jours et nuits de déluge. Ainsi le lieu prend vie, s’accommode du vivant, d’autant que le musicien Bololipsum y ajoute sa touche sonore.
Dans une installation, des pierres ayant servi à lester les bateaux – Aigues-Mortes est un ancien port, propice au rêve d’évasion – Lise Chevalier positionne une barque (toujours Noé et le mont Ararat), de branches tressées, tour de la Poudrière. L’artiste apporte donc des données à la fois « extérieures » à ces intérieurs impressionnants mais chargés de douleurs et de solitude, et aussi « intérieures » puisqu’elles relèvent de sa mythologie personnelle, de ses goûts subjectifs pour la Nature, de son style enfin.
Il ne faut pas oublier que les remparts relevaient d’un autre usage, défensif. Que les prisonniers, pour raison religieuse, demeuraient fidèles à leur foi et que cette dernière, le dialogue avec Dieu à travers la prière, devait considérablement adoucir leur sort. Certains se sont évadés… Ces données sont prises en compte par l’artiste qui les conjugue à sa manière assez polyvalente de travailler. Dans ces murs habités par le silence nocturne, hantés le jour par les flots sonores de touristes souvent ignorants, Lise Chevalier introduit dans l’entre-deux, le Murmure des Arches.
Entre deux mondes : passé et présent, intérieur et extérieur, solitaire et populeux, terre à terre ou transcendant : telle est la position de l’art.
Plus d’infos : aigues-mortes-monument.fr
Photo : © Lise Chevalier / DR












