Jusqu’au 27 septembre, le LAC (Sigean, Aude) consacre son exposition d’été à deux figures majeures de l’art abstrait en France de l’après-guerre et au-delà : Roger Bissière, né au XIXᵉ siècle, et Jean Messagier, qui aura traversé toute la modernité du XXᵉ siècle avant de s’éteindre au début du XXIᵉ.
Le mot Abstrait est d’ailleurs réducteur car les deux sont marqués par le cubisme : Bissière rend ouvertement Hommage à Braque tandis que Messagier revient à la figuration, relit l’Histoire de l’art (Tiepolo Picasso) et inclut des images de comics dans certaines de ses toiles. L’œuvre de Bissière ne peut être abordée sans tenir compte de son rapport au corps et à la Nature, de plus en plus stylisés, de plus en plus assimilables à des pictogrammes. Quant à Messagier, il suffit de lire quelques titres des œuvres qui seront présentées au LAC pour s’apercevoir que le réel est à la source de son geste et de sa « gesta » pictural(e) : La vallée enroulée, À même la mer, Herbes naissantes… Bissière est plus allusif. Ce qui l’intéresse c’est avant tout une Composition bien organisée. En témoignent ses titres : Vert et Blanc, ou Brun et Noir, les couleurs dominantes de ses toiles ou papier. Certaines sont même Sans titre, d’autres réduites à une date (7 mars 1963, 25 mars 1963). Il regarde du côté des arts primitifs, d’Afrique ou d’Océanie. Son œuvre est, en règle générale, intimiste (sauf la grande tapisserie Le Chevrier). Elle invite au dialogue discret. Il est d’une génération où l’on n’était pas obsédé par les très grands formats à l’américaine qui tenteront en revanche davantage son cadet dans ses dernières périodes. A contempler les réalisations de Bissière, Promesses de bonheur, ou L’ombre de l’église, on ressent un profond sentiment d’unité, voire d’équilibre, sans doute d’harmonie entre l’homme et le monde, les choses du monde entre elles, les créatures et le créateur. Messagier semble avoir trouvé sa voie dans ses « girations » en boucles. Certes le geste est apparent, les couleurs transparentes et le dessin se fait oublier. Son rapport au monde est plus tellurique, en phase avec les forces élémentaires qui dominent le monde : on pense à des bourrasques, des ciels tourmentés, des paysages en gestation. Les œuvres présentées au LAC vont de sa jeunesse, marquée par un attachement au réel (Cyclistes, Mangeurs de frites, La Parade…) à des œuvres qui sont plutôt inspirées par le paysage, qu’il soit maritime (Chemin de mer), terrestre (La grande vallée) ou végétal. On y sent la volonté de construire, dont il se libérera par la suite pour un expressionnisme monochromatique.
Mais le LAC c’est aussi l’une des Collections les plus riches du sud de la France (Mondrian, les Van Velde, …), un hommage permanent à son fondateur Piet Moget (la mer qu’il aimait tant n’est pas loin) et comme à chaque exposition, des surprises. En l’occurrence, Pierre Mache et Germain Roesz. Le premier recourt au néon qui incarne l’énergie universelle et sa lumière mais il pense avant tout au paysage dans tous ses états. Il dialogue avec le lieu qui l’accueille grâce à des combinaisons sculpturales, simples et efficaces. Germain Roesz a fait confiance, durant cinq décennies d’activité, au médium peintural. Il l’interroge dans sa modernité comme dans ses glorieux antécédents, dans sa couleur comme dans sa matérialité, sa capacité à se plier aux sollicitations de la pensée et de l’esprit.
NB : On nous annonce une Tombola dont le tirage aura lieu en septembre, avec des lots artistiques particulièrement alléchants : outre Messagier, Geer Van Velde, Mark Brusse, Georges Ayats ou les deux Specha, on y trouve la fine fleur de la production locale : de Boitard à Woillet en passant par Enna Chaton, Vanessa Notley ou Muriel Valat-B. Patrik Sauze, Anne Pons, Patricia Stheeman… etc.
BTN
Plus d’infos : lac-narbonne.art












