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Pouzilhac | Bernard Pagès et Claude Viallat deux figures de l’art contemporain exposées au Domaine de Panéry – jusqu’au 10 octobre

12 Août 2026 | Arts plastiques

À côté des CAC, LAC ou MAC régionaux, voire Frac que l’on visite dans un but précis et souvent unique, il existe des endroits voués à l’art contemporain, mais pas seulement. Au Domaine de Panery, au cœur du Gard, et pas loin de son illustre pont romain, on peut déjeuner ou dîner, dormir, écouter de la musique, déguster et faire le plein d’huile d’olive aux recettes ancestrales ou de bouteilles de vins fins qui ont assis sa réputation. On peut aussi se promener parmi les sculptures à ciel ouvert, sélectionnées pour Jacqueline et Olivier Ginon, les audacieux propriétaires, par la galerie Ceysson et Bénetière : les Chouettes de Lionel Sabatté, les Arcs de cercles de Bernar Venet, une étoile de Frank Stella, et un Pot de jambes en bouquet de pieds et mollets de Robert Combas, hymne à la danse. Entre autres…

Et, jusqu’à la mi-octobre bon nombre d’assemblages de matériaux signés Bernard Pagès dont un incroyable Scarabée, réalisé à partir du matériel agricole mis au rebut et ainsi réhabilité. On retrouve Bernard Pagès dans les deux espaces dévolus aux expositions : le patio et l’orangerie, partagée avec Claude Viallat. Les œuvres s’étalent sur plusieurs décennies de production et se font de plus en plus complexes, de plus en plus ambitieuses, de plus en plus baroques au fur et à mesure qu’elles rythment les temps forts de sa carrière. En témoigne cette énorme souche d’olivier qui se maintient en équilibre et semble donner (re)naissance à une échelle de cuivre manifestement récupérée : L’échelle de Jacob, laquelle nous rappelle la lutte éternelle du sculpteur avec la matière à dompter. On a là l’essence même de la production de Bernard Pagès depuis Supports-Surfaces : assemblage de matériaux contrastés comme base de réflexion et de production, alliance du bois et du métal (parfois du verre), référence à la nature et sa flore ou sa végétation, source de propositions formelles infinies. Au Patio, une série de Ceps en foule s’inspire ouvertement d’une vigne foisonnante, et ses vrilles, de taille surhumaine, puisqu’après tout sa culture nous survivra, rappelant la pérennité de la nature et de son exploitation par rapport à notre temporalité limitée. C’est tout à l’honneur de l’art d’en imiter la persistance et de défier ainsi la mort. Bernard Pagès a toujours aimé ériger des colonnes en faisant alterner les matériaux assemblés. On en a plusieurs exemples dans l’orangerie, où il joue de surcroît avec de subtils effets de déséquilibre, selon le principe que les fleurs, par exemple, se penchent du côté du soleil ou que les arbres se plient sous la force du vent.

On pourrait croire que les œuvres de Claude Viallat offrent un pendant pictural aux réalisations de son ami de plus de 60 années. Ce n’est qu’en partie vrai. Certes on trouve des toiles et notamment dans le showroom une sélection qui va de la fin des années 70 (une immense bâche de six mètres de long, divisée de manière quasi géométrique) à des travaux plus récents tels ses culs de fauteuil de 2025. On voit assez aisément comment chez lui le découpage des surfaces se fait de plus en plus en s’appuyant sur le matériau textile utilisé, et des pliures qui le composent, de sorte que l’on sort du rectangle pour aboutir à des formes inédites, sur lesquelles se dépose la fameuse empreinte, et des jeux de réactions colorées. On retrouve des œuvres murales de Viallat un peu partout dans l’escalier ou les chambres de l’hôtel. Il ne faut pas oublier que c’est cet artiste qui a inauguré la riche série des expositions estivales. Mais on voit également que celui-ci est attiré par l’objet, ou par des variations sur le support et la surface réduits à leur plus simple expression et emplissant toute la mezzanine des chais en pleine activité. Art et travail font ainsi bon ménage. Aussi l’artiste a-t-il choisi des assemblages de cordes ou ficelles d’un côté, de bois et de cadres ironiques de l’autre, relevant de manipulations ancestrales relevant de l’universalité des gestes créatifs de l’homme en général. La différence se fait plutôt dans le fait que la majorité des œuvres de Pagès se déploient dans l’espace (mais on trouve une série de dessins encadrés dans le patio) tandis que la plupart de celles de Viallat ne renoncent pas au mural (même si rien n’empêche de les suspendre au milieu des cuves ou de les déposer au sol à l’instar du tapis).

Finalement, les deux œuvres se combinent assez bien, puisqu’elles sollicitent l’assemblagecelle de Viallat exaltant davantage la couleur, celle de Pagès mettant l’accent sur la matière quand elle prend forme.

BTN

Plus d’infos : panery.fr

Photo : Bernard Pagès au Domaine de Panéry

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