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Montpellier | Retour sur un Printemps condensé et flamboyant, par MCH

13 Juin 2025 | Festivals, Hérault, Spectacles vivants, Théâtre

Sans revenir sur les raisons d’un festival ramené à une quinzaine de jours, ce Printemps des Comédiens restera longtemps en mémoire.

A l’Opéra Comédie Faustus in Africa ! **, a répondu de façon mitigée à ma curiosité.  En effet, quelle lecture la Handspring Puppet Company allait-elle nous donner du fameux mythe mis en scène par William Kentridge. Un spectacle total de qualité certes, mais le mythe n’était malheureusement qu’un prétexte à une violente dénonciation de la colonisation.

Au théâtre du Hangar, David Ayala était chez lui. C’est dans espace qu’il a débuté sous la houlette de Jacque Boulés. De lumière****, mise en scène Jean-Baptiste Tur, était presque parfait. Entre plateau et images documentaires projetées se dessine l’histoire d’un homme entre fascination et rejet d’un art contesté : la corrida. Une tradition bien ancrée dans la tradition héraultaise et gardoise.  La mort, celle du toro ou celle du matador, plane sur les arènes. Seul sur scène, imprégné par la culture hispanique, David Ayala joue ce personnage torturé, gestuelle et diction parfaite du texte de Azlys Tanneau, écrit sur mesure pour lui. Évocation de son père, figure arlésienne de la tauromachie, de sa mère qui cuisinait tellement bien la paella. Et pour finir de Nimeno II. Accompagné par les fanfares Bienvenida et Gradisca, il emporte l’adhésion du public, sans réserve.

Dés 10h le lendemain nous attendait Le Musée Duras*****. Un éblouissement, un émerveillement dès les premières minutes pour le public, assis, debout, allongé. Le défi du metteur en scène Julien Gosselin, spécialiste des spectacles fleuves, plonger le public dans l’univers de la grande Duras, en 10 séquences elles-mêmes divisées en deux performances de 50 minutes, séparées de courtes pauses de 10 minutes. Les thèmes chers à l’autrice, l’enfance en Indochine, la mort, l’amour, le sexe à travers des extraits plus ou moins longs de ses textes. L’insoutenable Savanah Bay ; l’amante anglaise et son couple infernal. L’amant joué par une très jeune comédienne noire très émouvante ; La musica, par un duo exceptionnel.  Ou encore La douleur, Hiroshima mon amour, L’Homme assis dans le couloir, Savannah L’Exposition de la peinture… Les quinze acteurs et actrices issus du Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris, admirablement dirigés par Julien Gosselin portent avec brio ce langage si particulier de Duras. Les performances s’enchainent dans un spectacle protéiforme ou s’effacent le rapport scène/salle, scène/images filmées et projetées en direct, par des opérateurs, caméra au poing. On se balade dans ce musée singulier avec délice. Flamboyant.

Autre univers, celui du cirque Rasposo hors les murs à Grabels. La dernière création de Marie Molliens, Hourvari****, qu’on peut traduire par grand tumulte ou difficulté inattendu, met en piste les trois générations, Fanny en grand-mère attentive, Marie, la mère toujours aussi éblouissante et les petits, déjà performants. Les acrobates, tels des pantins désarticulés, se jettent des cintres en cabrioles improbables. Marie la funambule et les artistes à la bascule russe parviennent à renouveler ces numéros signature de la compagnie dans une ambiance onirique, celle de l’enfance, de Pierrot ou de Pinocchio, sous une pluie de confettis. Sous-jacente une interrogation sur l’artificiel et l’authentique d’un monde qui se désagrège comme les rideaux rouges du décor. Un bijou, plein de poésie et d’invention.

Dans la plus pure tradition du théâtre de tréteaux, La compagnie le K présentait sous la pinède du domaine, Molière et ses masques***. Un spectacle jouissif sur la vie et la mort du grand Poquelin. Ses débuts avec l’Etourdi, son ascension et sa mort. Anne Duverneuil joue Molière, tandis que Simon Falguières, musicien et metteur en scène, remplaçait au pied levé une comédienne dans le rôle de Mascarille, un personnage récurrent de l’œuvre. Rythme échevelé, changement de costume à vue. Musiciens également comédiens. Manon Rey, par exemple, joue Arsinoé et même Louis XIV. Ces Normands jouent habituellement dans des endroits éloignés des spectacles, dans les campagnes, retrouvant l’esprit de L’Illustre Théâtre. Un petit bonheur.

Enfin Décrochez-moi-ça**, Cie Bêtes de foire invite les spectateurs à se retrouver dans une sorte de pressing où les costumes tournent en dansant sur leurs cintres. Le thème est exploité au sens propre pendant une bonne partie du spectacle, Laurent Cabrol et Elsa de Witte, accumulent les vestes en se contorsionnant. Leur musicien, hommus accordeonus joue avec sa tête, ses mains jambes. Inventif.  Moins séduisant que Bêtes de foire-petit théâtre de gestes.

Globalement, cette édition condensée du festival a été flamboyante. Hâte de retrouver la pinède et ses merveilles en 2026.

MCH

Plus d’infos : printempsdecomediens.com

Photo : Musée Duras – © Simon Gosselin

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