Sète, qui compte moins de 50 000 habitants, s’est acquis une réputation artistique que peuvent lui envier bien des métropoles plus ambitieuses. Cette balade parmi des œuvres pérennes en est une preuve nouvelle, qui irradie toutefois vers l’agglomération, de Mireval à Marseillan et de Villeveyrac à Frontignan. L’étang de Thau en est l’épicentre ainsi que le prouvent les quatre itinéraires proposés : Les versants de Thau (avec en particulier un « parcours dans le parcours » que nous fait effectuer André Cervera dans son village de Poussan, 7 bronzes plats inspirés de la culture vernaculaire), Les étangs (l’observatoire blanc sur pilotis qu’a conçu Eve Laroche-Joubert, à Vic La Gardiole), Les rivages de Thau (La sculpture antique a inspiré Elisa Fantozzi pour son ensemble en résine et marbre, Psyché et le gladiateur, dans le parc Sévigné de Balaruc-les-Bains), Sète enfin, son Mont Saint-Clair (l’Octo en bronze de Johan Creten, une raie géante qui peut faire penser à un oiseau marin délavé ou les drôles de « Bears »Kenpis, de Fabrice Hyber, place Aristide Briand).
Quatorze communes sont sollicitées, dont certaines bénéficient d’un patrimoine exceptionnel : l’abbaye de Valmagne à Villeveyrac (Robert Combas y érige L’Homme à tête de branches sur une place, dans son style reconnaissable entre tous), le château de Girard à Mèze (où nous attendent six grandes feuilles en bronze de Bob Verschueren tandis qu’Elise Morin a érigé son Dédale de roches près de la plage déserte), la villa gallo-romaine de Loupian (près de laquelle découvrir le Bosquet enchanté, toujours en bronze de François Liguori), ou encore le moulin de Montbazin (où l’Argentin Pedro Marzorati a installé ses modules O’assis, en jouant sur les mots).
Certains ont privilégié l’insertion dans un environnement spécifique (l’ombrière en acier de Jean Denant, à la fois arborescente et cadastrée, sur la Gardiole, à Gigean, et qui fait office de belvédère), d’autres ont puisé dans les spécificités locales (Ostraria, les colonnes d’huîtres chromées sur barres de palétuvier de Maxime Lhermet, au bord de l’étang à Marseillan), d’aucuns de figures allégoriques, telle Françoise Pétrovitch et sa femme à l’oiseau dans le parc Simone Veil à Sète. Agnès Rosse ajoute à ce panel sa touche d’humour avec ses Curieuses et curieux en argile qui nous observent du toit, au Centre Culturel de Mireval.
Ces œuvres permettront à un nombreux public de résidents ou de touristes de découvrir incidemment divers aspects de la création contemporaine, plus particulièrement l’identité sétoise, notamment la figuration libre (La table de désorientaion, d’Hervé Di Rosa, qui fait appel à la technique portugaise des azulejos, à La Peyrade, ou les deux lunes sculptées de Richard Di Rosa sur le parvis du musée de l’étang de Thau, à Bouzigues). Inversement, ceux qui seront tentés par le parcours découvriront des sites attachants et les trésors qui caractérisent la Méditerranée sétoise. Curieusement, les authentiques sétois se taillent la part du lion dans l’agglo tandis que les nouveaux venus, ceux qui ont fait carrière ailleurs, accaparent directement la ville de Sète ainsi que le prouvent les Sentinelles solitaires, érigées face à la mer, par la Marseillaise Chourouk Hriech. Sète attire et irradie. On attend l’installation sonore de Céleste Boursier-Mougenot sur Frontignan où Victoria Klotz a déjà installé son Cheval de mer en référence à des animaux marins.
Au bout du compte, une idée originale : celle de lier Nature, patrimoine et art contemporain, lequel met en valeur la première et fera partie peut-être un jour du second.
BTN
Plus d’infos : archipel-thau.com
Photo : L’œuvre d’Elise Morin, à Mèze – © Florine Jeannot