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L’Art-vues a lu |  » Niki Java : le purgatoire des invisibles  » de Sergueï Dounovetz, par BTN

27 Avr 2026 | Livres

Vous connaissez le cocktail Niki Java ? Prenez un journaliste d’investigation plutôt culotté et plus si affinités (sur ce plan-là, il est irrésistible et ne connaît pas le poids des ans !), ajoutez-y plusieurs bonnes rasades de perroquets (avec plus de pastis que de sirop menthe), quelques pin-up du jour et quelques anciennes aventures marquantes, un peu de cinéma dont il est si friand…

Du sexe de la violence verbale (Nommons la truculence ! Chacun jure comme un charretier ! Pas si facile !), de la violence tout court… Des jeux de mots pourris  (c’est lui qui le dit !). Embarquez-le dans une histoire abracadabrante de cendres posthumes à peine froides (et qui parlent !), de dette à payer au fils (du style affreux dont parle Vernon Sullivan) pour le rôle protecteur joué par le père-parrain mafieux, d’enquête sur les origines d’un adolescent déluré… J’allais oublier : une belle américaine (la bagnole, s’entend !). Secouez le tout sans oublier le style ordurier que l’on prête à la racaille d’un côté, à ceux qui ont su s’en extraire de l’autre et vous obtenez un récit palpitant, où l’on ne vous laisse nulle seconde de répit afin de reprendre haleine, où le protagoniste, grande gueule comme ce n’est plus permis (sauf en littérature), invincible de toutes façons par son statut de héros sériel, se sort des situations les plus délicates et finalement vous laisse pantois, presque déçu que le récit touche si vite à sa fin.

Au bout de 300 pages toutefois, l’exploit méritait de se voir souligné. Et ce n’est pas tout : notre héros est lui-même suivi par celui qui raconte ses histoires, la mise en abyme est l’une des conquêtes de la modernité. Dounovetz ne se prive en outre pas, sous couvert de fiction, de nous livrer quelques-unes de ses fixettes qu’il s’agisse de dénoncer l’antisémitisme de Céline ou de fustiger l’art comptant pour rien (quand je parlais d ejeux de mots..).

Certaines analepses sentent bon le vécu, tant poreuse est la frontière entre l’imagination et la mémoire en laquelle on peut toujours puiser 1) pour se faire plaisir, 2) pour créer une ambiguïté et relativiser ainsi les vertus de la si prisée autofiction puisque le récit se fait à la première personne. Après les péripéties et les insoupçonnables (inénarrables devrais-je dire) reconnaissances, familiales au demeurant,  l’histoire se termine plutôt bien pour ce sexagénaire explosif qui aurait viré Dorian Gray. On a même droit à un épilogue. Qui vaut son pesant de perroquets. A déguster sans modération.

BTN

Edition Moby Dick

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