Figure majeure du théâtre d’après-guerre, Jean Vilar est aussi l’homme qui voulut faire de la couleur un acteur à part entière. Fondateur du Festival d’Avignon en 1947 et directeur du Théâtre national populaire au Palais de Chaillot à partir de 1951, il mena de front un engagement social profond — réclamer un véritable service public du théâtre — et une révolution esthétique nourrie de ses liens avec les peintres de la Nouvelle École de Paris.
Les couleurs de Jean Vilar, réalisée en étroite collaboration avec la Maison Jean Vilar d’Avignon, retrace ces compagnonnages artistiques des années 1940 aux années 1970. Au cœur du parcours, Léon Gischia, ami et conseiller artistique de Vilar pendant près de vingt ans : c’est lui qui convainc le metteur en scène d’épurer la scène jusqu’à l’abstraction, laissant aux costumes et aux accessoires colorés toute la charge dramatique. La première section de l’exposition remonte aux sources communes de ces artistes — le cubisme, Matisse, le Salon de mai — avant d’aborder section après section chacun des peintres de théâtre qui gravitèrent autour de Vilar.
Édouard Pignon apporte une palette expressionniste acide, à contre-courant du minimalisme de Gischia, pour des scénographies monumentales comme celle d’On ne badine pas avec l’amour. Jacques Lagrange, futur collaborateur de Jacques Tati, introduit le burlesque avec son Ubu de 1958. Mario Prassinos traverse l’œuvre de Vilar du surréalisme au fantastique, du noir et blanc au chromatisme. Gustave Singier cherche à faire chanter les couleurs en construisant ses personnages par découpes de papier. Alfred Manessier, enfin, explore la dualité lumière/ténèbres pour La Vie de Galilée de Brecht. Une section est également consacrée aux oriflammes, éléments visuels emblématiques du Festival d’Avignon, commandées en 1961 à l’ensemble de ces artistes pour la 15e saison.
Le parcours fait dialoguer maquettes de costumes, tapisseries et peintures de chevalet, montrant comment chaque artiste a porté son univers propre au service du théâtre. L’exposition résonne également avec les collections permanentes du musée, qui conserve des œuvres liées au cercle sétois de Vilar — notamment les productions artistiques d’Andrée Schlegel Vilar et le buste sculpté de Vilar par Valentine Schlegel. En écho, les Journées Jean Vilar se tiendront du 16 au 18 octobre au musée, en association avec le Théâtre Molière, Scène nationale de Sète. Un catalogue bilingue de 304 pages aux éditions Octopus accompagne l’exposition.
Plus d’infos : museepaulvalery-sete.fr
Photo : Édouard Pignon, maquette de décor pour On ne badine pas avec l’amour, 1959, gouache sur papier, 46 x 86 cm, © Collection Succession Jean Vilar, cliché Clémence Ricard-Vilar © ADAGP, Paris, 2026












