Il est des artistes qui se sont graduellement inventé un univers bien à elles (eux), de sorte que, visiter l’une de leurs expositions, c’est accéder à un peu de leur intimité. Sarah Tritz fait partie de celles-ci. Elle sollicite la mémoire, le vécu, les sensations et bien évidemment l’imaginaire. Même si l’on peut considérer le dessin, aux crayons de couleurs, comme base de sa prolifique production, elle recourt fréquemment à l’installation d’objets qu’elle déploie dans l’espace. Ils peuvent s’avérer modestes, notamment sur les murs, tout en s’intégrant dans un ensemble de dimension plus volumineuse, lequel frappe par son hétérogénéité. Parfois, au contraire, on y croise des géants.
Il s’agit avant tout de présenter des personnages, qui semblent proches du monde de l’enfance : incisés, modelés et bien sûr dessinés, parfois érigés en sculptures ou empruntés à l’univers du spectacle (marionnette, cirque, théâtre…). Les matériaux vont des plus simples, et même pauvres, carton ou emballages alimentaires, pâte à sel, tissus, béton, au buis massif, à la faïence émaillée voire au bronze peint. Encore ce souci de variété. L’artiste a même conçu une Boîte à secrets. Elle confectionne des peluches ou des poupées qui arborent des vêtements aux motifs dessinés par elle. Ne nous y bernons pas toutefois. Les dessins au crayon paraissent spontanés alors qu’ils sont souvent le fruit d’une réflexion et de choix, opérés directement sur le Net.
À mieux y regarder, Sarah Tritz emprunte à divers corps de métier, manuels artisanaux ou au spectacle, sans pour autant exalter le monde du travail comme peine et labeur, plutôt pour le tirer du côté du plaisir-passion, de l’enchantement permanent lié à la découverte du monde à travers les yeux d’une enfant. Elle invite au voyage, avec ses paquebots de carton, sachant qu’il comporte ses dangers et ses dérives, à la course aussi, je pense à celle des chevaux, laquelle comporte ses aléas et ses drames, surtout si on l’associe à la course effrénée du libéralisme dominant. Ses dinos, ses ponettes, ses montres molles, ses camions, ses maisons et ses arbres stylisés marquent la variété de ses thèmes récurrents. On a parlé de bricolage, en se référant à Levi-Strauss, à propos de cette artiste qui donne à voir, en dessin et volume, l’expression de sa pensée.
Il faut également prendre garde aux titres qui sont particulièrement soignés (Jenny les yeux ouverts, L’Homme qui aime Albator avec un drôle d’air, Memory Matrix), lesquels ressemblent aux apparitions fugaces dans les pièces de Valère Novarina. Même chose quant aux prénoms (les plus connus : La Blonde et Le Moche). Ceci dit, il ne faudrait pas prendre l’artiste pour l’adepte d’un art naïf. Le titre retenu Inconscient archaïque, nous incite à parler sinon d’ironie, du moins de distanciation.
L’enfance fascine comme un paradis perdu, mais chacun sait qu’il contient ses angoisses et ses désillusions précoces. C’est le tout qui forme le secret. Il s’agit ainsi davantage d’une réinvention, d’une relecture du monde de l’enfance que de jouer avec l’idée que l’on s’en fait, en général, sans doute trop idéale pour être vraie. Cette expo devrait dialoguer avec l’espace connoté de l’ancienne chapelle et jouer avec les genres traditionnels, notamment le portrait. BTN
Plus d’infos : lachapelle-saint-jacques.com












