Du 14 au 23 novembre, L’Archipel – Scène nationale de Perpignan célèbre la 30e édition du festival Aujourd’hui Musiques. Sous l’impulsion de sa directrice Jackie Surjus-Collet, cette édition propose une traversée entre musique, danse et arts visuels, où l’expérience sonore devient sensorielle et partagée. Entre créations, partenariats et formes immersives, le festival affirme plus que jamais son rôle de lieu de rencontre et d’émotion collective.
« Cette édition reste fidèle à notre ambition : une musique aventureuse, ouverte aux autres arts, pensée comme un moment de partage. »
Vous évoquez des contraintes budgétaires importantes. Comment se traduisent-elles concrètement dans la programmation de L’Archipel ?
Oui, elles ont un impact direct. Avec l’inflation, les charges augmentent et la variable d’ajustement, c’est souvent la programmation. Nous travaillons comme des artisans : la contrainte nous oblige à redoubler d’imagination. J’ai réduit l’itinérance et renoncé à certaines commandes d’écriture, mais cela stimule la créativité. Cette édition reste fidèle à notre ambition : une musique aventureuse, ouverte aux autres arts, pensée comme un moment de partage. Une ligne s’est imposée : le vivre-ensemble. Le public nous fait confiance. J’insiste aussi sur l’idée de « prendre soin » : Corps sonore invite au lâcher-prise, et la clôture avec Mazel Freten sera une fête collective.
Ces contraintes expliquent-elles aussi l’intensification des partenariats ?
Oui, on est toujours plus forts à plusieurs. Le projet s’adresse à tous les publics ; multiplier les partenariats, c’est multiplier les rencontres. Dans un contexte difficile pour les services publics, nous restons convaincus de l’importance de notre mission : créer du lien, faire communauté, lutter contre les replis. Avec mes collègues des scènes nationales, nous partageons l’inquiétude et la volonté d’aller vers les gens : une proposition artistique ne suffit plus, il faut la partager et l’expliquer.
Cela passe aussi par des rendez-vous gratuits et des tarifs solidaires ?
Absolument. Nous proposons 24 rendez-vous en entrée libre. Et, depuis deux ans, un pass solidaire permet aux moins de 26 ans et aux personnes aux minima sociaux de tout voir à 10 €. C’est une conviction qui renvoie à l’éducation populaire : la culture appartient à tous. La crise nous ramène à des fondamentaux : pour qui travaillons-nous ? que voulons-nous transmettre ? La culture n’est jamais une pensée unique ; c’est un espace de conversation qui accueille chacun. Nos lieux doivent être des abris pour le beau, la diversité et la rencontre.
Le thème du festival met en avant « l’art musical et l’engagement des corps ». Qu’est-ce que cela recouvre ?
Le dialogue entre musique, corps, mots et image est particulièrement fort. Dans Viscum, deux danseurs dialoguent avec un sculpteur de son : la pièce interroge la rencontre et le consentement. Corps sonores, conçu par un chorégraphe, explore le lâcher-prise à travers une installation sensorielle. La clôture avec Mazel Freten, sur une composition de Nikit, nous entraîne dans une transe collective. Même dans les concerts plus « classiques », comme l’ouverture autour de Steve Reich, la gestuelle devient chorégraphie ; et avec Galaxie provisoire de Maguelone Vidal (jeune public), tout part du souffle, geste premier qui met en mouvement le corps, la pensée et le désir.
La musique sort aussi de ses cadres : levers de soleil, immersions… Pourquoi ce choix ?
Le festival permet de rompre avec la frontalité traditionnelle. Les concerts au lever ou au coucher du soleil se déroulent à 24 mètres de hauteur, dans un espace presque céleste. On commence dans la pénombre, la lumière du jour vient ensuite habiller la salle : une expérience sensorielle, presque spirituelle. Ce décalage volontaire ouvre un champ émotionnel nouveau et laisse une empreinte durable.
Les artistes cherchent-ils eux aussi à abolir ces frontières ?
De plus en plus. Beaucoup veulent rompre avec le « quatrième mur ». Le Covid et l’enfermement ont nourri cette envie d’être ensemble. On crée autrement, on pense différemment les espaces. Cela n’exclut pas les formes plus classiques — nous avons eu un magnifique récital de Vanessa Wagner —, mais il faut les regarder avec le regard d’aujourd’hui. Et le public adore ces expériences.
Le festival fête ses 30 ans. Comment la création sonore a-t-elle évolué ?
À l’origine, on était dans la musique sérielle ou concrète, le concert pur. Peu à peu, les compositeurs et compositrices ont ajouté une dimension visuelle. L’évolution technologique, l’art numérique et l’immersion sonore ont ouvert de nouvelles possibilités ; aujourd’hui, le son peut envelopper le spectateur. Le festival a accompagné ces évolutions en restant à l’écoute des artistes et du monde d’aujourd’hui.
Un dernier mot ?
La culture n’est pas un supplément d’âme : elle est essentielle — aussi vitale que le pain ou l’électricité, rappelait Jean Vilar. Nous faisons partie du service public ; il faut le préserver.
Recueilli par Eva Gosselin

Rave Lucid – © Jonathan Lutumba – Viascent
Le programme du festival :
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- Vendredi 14 novembre
– Corps Sonores Juniors – installation sonore et chorégraphique – Massimo Fusco / Cie Corps Magnétiques – Le Studio (entrée libre sur réservation)
– American Pulses – Quatuor Opale – Verrière Public (19h45 – entrée libre)
– Steve Reich par l’Ensemble Links – dir. Rémi Durupt – Le Grenat (20h30)
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- Samedi 15 novembre
– Corps Sonores Juniors – Le Studio
– Galaxie Provisoire – Maguelone Vidal / Cie Intensités – Le Carré (11h et 16h30)
– Bruits Blancs #15 – Cie d’Autres Cordes – Espace panoramique (19h)
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- Dimanche 16 novembre
- – Corps Sonores Juniors – Le Studio
- – American Pulses – Quatuor Opale – Verrière Public (17h15 – entrée libre)
- – Simple Music for Difficult Times – Gaspar Claus – Le Grenat (18h)
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- Mardi 18 novembre
- – Duo de violoncelles – Duo Brady – concerts au lever et au coucher du soleil – Espace panoramique (7h15 et 19h)
- – Jeux de Timbres – Le TrYo – Verrière Public (19h45 – entrée libre)
- – Viscum – Noé Chapsal / Cie des Corps Jetés – Le Carré (20h30)
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- Mercredi 19 novembre
- – Jeux de Timbres – Le TrYo – Verrière Public (18h15 – entrée libre)
- – Viscum – Noé Chapsal / Cie des Corps Jetés – Le Carré (19h)
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- Jeudi 20 novembre
– 150 ans de Modernité – Martin Brunschwig & Angéline Pondepeyre – Verrière Public (18h15 – entrée libre)
– D’après une histoire vraie – Christian Rizzo / L’Association fragile – Le Grenat (19h)
– Ganta #8 – Jeudi… électro – Hope4Grace & Terrabastall – El Mediator (20h30)
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- Vendredi 21 novembre
– Pulse 1# – Label Raster Music – El Mediator (20h30)
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- Samedi 22 novembre
– Time Rebounds – Alex Augé +2 – Verrière Public (19h45 – entrée libre)
– BL!NDMAN plays Moondog – Eric Sleichim / Ensemble BL!NDMAN – Le Carré (20h30)
- Dimanche 23 novembre
– Time Rebounds – Alex Augé +2 – Verrière Public (17h15 – entrée libre)
– Rave Lucid – Mazel Freten – Le Grenat (18h)
– DJ Set ChillOhm – ChillOhm – Verrière Public (19h15 – entrée libre)
Plus d’infos : theatredelarchipel.org
Photo : Jackie Surjus-Collet – L’Archipel / DR