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Montpellier | Mohamed Lekleti succèdera en septembre à Brice Dellsperger au FRAC OM

4 Août 2026 | Arts plastiques

Le Frac Occitanie Montpellier enchaîne deux expositions marquantes. Jusqu’au 5 septembre, l’artiste Brice Dellsperger investit la galerie rue Rambaud avec Boucles, bricoles et miroirs, quatre œuvres inédites de sa série Body Double. Puis, du 25 septembre au 23 décembre, place à En déséquilibre, exposition personnelle du Montpelliérain Mohamed Lekleti menée en partenariat avec la Fondation nationale des Musées du Maroc dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026.

Dans la continuité du Mrac de Sérignan, le Frac présente quatre vidéos de Brice Dellsperger, extraits de sa série Body Double 41, elle-même inspirée de Pulsions, Passion, Blow out ou Dressed to kill de Brian de Palma, grand admirateur de Hitchcock devant l’éternel. L’artiste reprend certaines scènes-cultes en s’attribuant tous les rôles et en les déclinant au féminin ou, si l’on préfère, en pratiquant le travestissement. La scénographie peut être dite immersive d’autant que le spectateur est plongé dans la pénombre et confronté à des jeux de regard, de physionomie et quelque part d’influence ou de séduction. L’artiste recourt surtout au champ-contrechamp et subdivise même l’écran comme pour mettre en abyme ces dédoublements de rôles incarnés. Ainsi rend-il la double personnalité des êtres perceptible.
Avant d’entrer dans ces projections, nous sommes placés face à un rideau de scène de spectacle précédé de la plupart des attributs du travestissement : vêtements, perruques, bijoux, chaussures ainsi qu’un mannequin. À l’intérieur, on croise les affiches originales des films référents, l’attirail de l’acteur dans sa loge et même un lit qui nous change des habituels bancs ou banquettes. L’œuvre de Dellsperger est en accord avec une époque où les faux-semblants sont légion, les images de soi pléthoriques et la question de l’identité flottante. Elle s’appuie sur des scènes devenues classiques, en lesquelles on repère aisément l’émergence d’un malaise ou d’un mal-être à l’œuvre.

À peine achevée, l’exposition d’été du Frac laisse la place à une thématique méditerranéenne, avec le choix d’un artiste que l’on a vu petit à petit se détacher de la production régionale est s’imposer aux yeux de tous. Il s’agit du Montpelliérain d’origine marocaine Mohamed Lekleti, dont on nous annonce une grande fresque murale dans l’esprit de son travail qui multiplie les sources d’énigmes. Car si le visiteur est quelque peu décontenancé par ce qui se joue sur le tableau, des sortes de scènes, comme au théâtre, dessinées et peintes par Mohamed Lekleti ; il perçoit tout de go le Déséquilibre, et son pendant la Distorsion ou Déformation, lesquelles forment les clés qui nous permettent de pénétrer les mystères que propose cette œuvre. Le déséquilibre, on le constate dans les diverses chutes auxquelles Lekleti soumet les corps qui incarnent ses personnages, à rééquilibrer justement. Son corollaire est le mouvement qu’il n’hésite pas à décomposer notamment dans le sens de la marche.
Les personnages, chez Lekleti, se déplacent beaucoup. Il faut y voir un symbole : celui de notre parcours existentiel plus ou moins semé d’embûches ou de rencontres. La marche peut être synonyme de départ, d’exil, de passage des frontières, de migration. On rejoint alors des thèmes d’actualité. La déformation ou distorsion est évidente dans la tendance du peintre à multiplier les dédoublements siamois, le traitement violent de la tête humaine, et surtout grâce à ce recours à l’hybridation, laquelle fascine si fortement notre époque, ouverte à tant d’expériences aussi exaltantes qu’inquiétantes (encore une dualité, ou mieux : une ambivalence). Dans les mythes, elle se métaphorise en la figure du monstre (le sphinx, le minotaure, la Chimère, le cheval volant, etc.) composé de deux ou plusieurs entités. On peut à ce propos avancer une dualité : sacré/profane. Un sacré lié aux traditions, à la culture, au passé ; un profane en proie aux embûches du présent, aux sujets qui nous émeuvent ou irritent. Le corps, chez Lekleti, est la principale victime de ces distorsions, vers l’avant ou l’arrière. Le peintre ne cherche pas à peindre l’harmonie. Inquiéter, tel est son rôle, disait un grand écrivain. Le corps est après tout le souffre-douleur de l’histoire. Les hybridations, liées à l’animal, nous rappellent la leçon des mythes antiques qui métaphorisaient, dans les récits et représentations, la double nature de l’homme, embarrassé par son animalité. Lekleti se forge un bestiaire symbolique : outre l’oiseau, l’âne ou le cheval, le lion, le chien et le singe sont ses bêtes de prédilection. Sans doute trouve-t-on dans chaque animal un peu de nos attitudes : la propension à dominer les autres, la servilité, la ruse et inversement la capacité à servir fidèlement, l’affectueuse compagnie, la disposition à faire rire, à divertir… Une autre dualité ne saurait être niée tant elle se fait fréquente : la machine, la mécanique, la roue… Plus tard, la balance, la fiche électrique, le micro, la prothèse et même le miroir. Tous ces objets qui ne font que clamer notre imperfection originelle, laquelle a décuplé notre faculté de penser le monde et de pourvoir à sa transformation. Les ballons, comme sortant de la tête, semblent signifier cette impulsion. Ils symbolisent la pensée qui nous élève. La tête et la main ont contribué à fabriquer tout cela…

BTN

Plus d’infos : frac-om.org

Photo : Mohamed Lekleti, vue de l’exposition Poussière d’exil à la Galerie Lilia Ben Salah, 2026 – Photo M. Lekleti. © Adagp, Paris 2026

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