Sept ans, autant dire une éternité, que l’église la plus haut perchée de la ville nous laissait une impression de regret, comme si l’on n’était plus sûr de la voir rouvrir un jour restaurée. Homme de peu de foi… C’est fait et il fallait fêter l’événement par un choix spectaculaire et cohérent. Il s’est porté sur un artiste engagé dans la responsabilité primordiale de l’art comme facteur de cohésion sociale. J.R. n’est jamais aussi à son aise que quand il faut s’attaquer à un projet monumental.
Il recourt à la photo qu’il inclut dans le décor urbain de manière naturelle, trouvant à chaque fois le bon dispositif adapté au lieu ainsi que l’on peut le voir dans son film avec Agnès Varda. C’est le cas au Carré Sainte-Anne où, malgré la persistance de la couleur qui émane des vitraux, il impose le noir et blanc, sans doute plus rude, et s’offre aux regards tout de go, grâce aux percements de murs qui en occultaient l’entrée. Avec une œuvre participative, un arbre épais, branchu et feuillu, dont les feuilles sont remplacées par des mains de papier, recto verso, sous lesquelles déambulent les visiteurs.
L’armature est de métal et l’intérieur de polystyrène peint, de manière à donner l’illusion de la stabilité d’un chêne. On est donc dans le trompe-l’œil. Au sol, des ombres en prolongent les racines et contours grâce à des photos-impressions. L’arbre après tout fût le premier abri et sans doute le premier lieu de rassemblement pour certaines communautés dont les premiers chrétiens.
Toutefois l’idée de J.R . est de rassembler les mains d’individus multiples, de toutes origines et de prouver qu’elles peuvent cohabiter et former un tout harmonieux, à l’image de graines des bords du Lez ayant intégré le paysage, suite à des voyages des temps jadis en pays lointains. Adventice, titre de l’expo, vient du latin et signifie « qui vient de l’extérieur », nous rappelle Numa Hambursin.
Le message politique est clair. Des photocopieurs sont par ailleurs mis à disposition du public afin de confectionner des bouquets qui finiront par métamorphoser le point de vue que nous avons sur l’arbre, de l’entrée principale de l’église enfin réouverte. Le long des murs, se glissent des œuvres sur bois, des sortes de portraits d’arbres photo-imprimés et adoptant le même principe de mains humaines en guise de bouquets de feuilles. Toujours en noir et blanc.
Nul doute que le Carré Sainte-Anne retrouvera vite le public qu’il mérite et qui est assez friand aujourd’hui de tout ce qui émane des cultures urbaines et, dans le domaine des arts plastiques, du street art.
BTN
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Photo : JR Adevntice au Carré Sainte-Anne – © EG