Sélectionner une page

Montolieu | Corneille, Chaïbia et 100 ans de Cérès Franco célébrés à la Coopérative-musée Cérès Franco – jusqu’au 3 janvier 2027

7 Août 2026 | Arts plastiques

Le village du Livre peut s’honorer de compter en son enceinte cette coopérative viticole vouée à la mémoire de sa défunte propriétaire brésilienne – et des centaines d’artistes qu’elle y a précieusement rassemblés. Il s’agit de surcroît de sa réouverture après travaux, tout en fêtant les 100 ans de la galeriste parisienne : Cérès Franco. Deux expositions sont à découvrir.

La première est en deux parties, l’une qui met en exergue deux des artistes les plus importants soutenus par une femme quelque peu en avance sur son temps : Corneille, figure majeure du mouvement CoBrA. L’autre, la Marocaine Chaïbia, figure de proue de l’art brut. Les goûts de Cérès Franco la portaient volontiers vers ces formes d’expression spontanées ou naïves, que l’on dit aussi singulières, et qui demeurent fidèles à la figuration mais pas à la précision du dessin académique ni aux images hyperréalistes. La première exposition rassemble ces figures auxquelles Cérès Franco sert de trait d’union autour de la pratique poétique exaltée par Corneille en collaboration avec des poètes (livres d’artistes), oralisée selon la tradition arabe par Chaïbia et pratiquée, en toute intimité, par la galeriste.

La deuxième s’intitule étrangement L’œil-de-bœuf. Il s’agit d’une idée géniale, conçue par l’audacieuse touche-à-tout, commissaire d’expos qui aura fait autorité durant ses années d’activités comme « curatrice ». Demander aux artistes de travailler, une fois n’est pas coutume, sur les formes : ronde et ovale. Modifiant ainsi nos rapports conventionnels à la peinture, sa propension à réaliser des portraits et des paysages. D’autant que le choix du vertical ou de l’horizontal n’est évidemment pas innocent.

On y retrouve près de 150 œuvres, s’ouvrant à l’abstraction gestuelle d’un Messagier, au nouveau réalisme niçois de la « tireuse » Niki de Saint Phalle, en l’occurrence d’un soulier (de princesse ?), ou même à la nouvelle figuration pratiquée au bleu ou au rouge par un Jacques Monory. La présence des affichistes Rotella et Villeglé frappe en outre l’attention. On voit l’ouverture d’esprit de la galeriste qui par ailleurs ne cache pas son intérêt pour le brut et le populaire, d’Europe comme d’Amérique du Sud.

Certes, bien des noms nous sont peu connus et même inconnus, mais c’est justement là l’intérêt d’un tel musée et ce en quoi il tranche avec ses confrères. On n’y voit pas ce que l’on a déjà vu ailleurs.

BTN

Plus d’infos : museeceresfranco.com
Photo : Corneille, La baigneuse au soleil, 1966, collection La Coopérative-Musée Cérès Franco, © Alain Machelidon – ADAGP

A lire aussi