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Lodève | « Rendre visible. Reichel. Klee. Discrit. Finel. », la nouvelle exposition du musée de Lodève à découvrir jusqu’au 31 août

25 Avr 2025 | Arts plastiques, Hérault, Musées

Peut-on réconcilier la Préhistoire et l’histoire, Traces fossiles du passé et art minutieusement pensé, art moderne et art contemporain ? C’est tout cela que développe en symbiose la conservatrice du musée de Lodève, tout en mettant en exergue la fameuse définition de Paul Klee pour qui le statut de l’art pousse à rendre visible (plutôt qu’à reproduire). Quatre artistes sont réunis, d’une part les deux amis allemands que furent Paul Klee, artiste majeur de la première moitié du XXe siècle, et son cadet aujourd’hui quelque peu oublié, mais à qui cette exposition rendra justement sa visibilité : Hans Reichel. Deux artistes en cours de production viennent compléter la trilogie (ancestral, moderne, actuel) : la vidéaste Anne-Charlotte Finel dont les Jardins semblent donner vie à une aquarelle en demi-teinte de Reichel ou à un paysage de Klee ; et les sculptures du plasticien Julien Discrit, pour qui l’empreinte et le fossile sont des éléments essentiels de production et réflexion.

Leurs travaux respectifs, tout comme l’ensemble homogène que forme le quatuor, doivent être lus certes pour eux-mêmes, ou en dialogue les uns avec les autres, mais surtout en relation avec les multiples fossiles, et autres traces d’un vivant qui n’est plus, que propose le parcours permanent. L’ensemble entre en résonance avec la riche collection archéologique du musée, ces impacts fugitifs figés dans le temps et la mémoire minérale. Paul Klee, c’est la discrétion et le mystère, la figure certes, mais stylisée au point de devenir symbole, lointaine allusion au monde qui l’a vu naître : une poignée d’huiles sur carton et une gouache sur papier dans les petits formats qu’il privilégie – ce qui explique sans doute le caractère singulier, intimiste, onirique de sa peinture. Il partage avec son voisin, compatriote et ami, un émerveillement, toujours renouvelé, face aux phénomènes du monde et des choses, que l’on peut qualifier d’enfantin, le sens de la composition en plus.

D’Hans Reichel, on découvre plusieurs dizaines d’aquarelles, pour la plupart réalisées à partir des années 40, mais aussi quelques huiles sur carton ou bois. Son univers, s’il évolue vers l’abstraction, est lié à la nature ainsi que le prouvent les poissons, oiseaux, herbes, plantes, cristaux, mousses et soleils rougeoyants. Les effets de transparence attribuent à ses peintures une grâce associée à la légèreté. Étant donné les périodes de tourment traversées par l’artiste, on comprend combien les mystères de la nature ont favorisé le recul désiré.

Le travail de Julien Discrit s’inscrit parfaitement dans la logique des œuvres tendant à entretenir un dialogue fécond avec la collection archéologique du musée. Associant Art et Science, ses séries Pierres et Re-member présentent des mains contenant des fossiles en voie de conservation, tandis ses Aftertouch explorent un système d’empreintes qui suscite des formes arborescentes, couvrant l’intégralité du support. Par ailleurs, il interroge la géologie dans ses États renversés en s’inspirant de cartes qui aboutissent à des dessins de villes comme San Francisco ou Nashville. Une phrase qui s’allume au passage du visiteur nous renvoie au thème de cette expo qui aspire à rendre visible l’invisible.

C’est aussi le propos d’Anne-Charlotte Finel. Aimant l’heure entre chien et loup, elle apporte du mouvement, de la vie et du mystère à ses images et signes divers, en sollicitant une Crue renversante, en fait un déversoir difficile à identifier et qui passe de la couleur au noir et blanc. Et, en nous plongeant plus paisiblement dans la pénombre d’un jardin aquatique, arraché au quotidien parisien. Après tout, l’archéologie n’est pas fondée que sur l’élément terre, il faut composer aussi avec l’eau.

BTN

Plus d’infos : museedelodeve.fr
Photo : Hans Reichel (1892-1958), Poisson rouge dans la mousse, 1927. Huile sur carton marouflé. Courtesy Galerie Jeanne Bucher Jaeger, Paris Lisbonne. Crédit : Jean-Louis Losi © Estate of Jean Schimek

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