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L’Art-vues a vu : Institut Ophélie, de Nathalie Garraud et Olivier Saccomano, au Théâtre des 13 vents

21 Oct 2022 | Hérault, Spectacles vivants, Théâtre

Pour ouvrir sa saison, le Théâtre des 13 vents, Centre dramatique national de Montpellier, a présenté tout au long du mois d’octobre la création de ses codirecteurs, Olivier Saccomano et Nathalie Garraud : Institut Ophélie. Une pièce importante, cérébrale, qui s’intéresse aux bouleversements des représentations de la femme au cours du XXe siècle.

« Vous voyez une femme » : les premiers mots de la création d’Olivier Saccomano et Nathalie Garraud donnent le ton. Ici, il ne s’agira que du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir (d’ailleurs présente dans la pièce). La femme, donc, est au cœur du texte, de la scène, incarnée d’abord par un personnage dont on ne sait rien, mais qui nous servira de guide, de point de repère tout au long de la représentation. Interprétée par la remarquable Conchita Paz, cette femme nous emporte dans un XXe siècle synonyme de bouleversements pour le genre féminin.

Le plateau, un intérieur bourgeois aux murs vides, ne donne aucun indice sur le lieu. Sommes-nous à L’Institut Ophélie (qui donne son nom à la pièce), ou bien est-ce une projection mentale de cette femme ? La question reste sans réponse, mais le décor change au fur et à mesure que la pièce évoque différentes époques d’un siècle majeur dans l’histoire des femmes et pour leur place dans la société.

Les années 1920 d’abord, où les gueules cassées, des nonnes, des hommes importants en haut de forme traversent un plateau. La femme, cette femme, toutes les femmes sont alors réduites à deux destinées : donner au pays une nouvelle génération, ou bien soulager la peine des hommes partis à la guerre.

Et, alors que l’on vient d’évoquer le viol de Marie, « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit », un avortement clandestin et une tirade sur la contraception comme complot antimilitariste servent de transition vers des années 1960 loin d’être synonymes de liberté pour les femmes. Réduites à être de parfaites femmes d’intérieur, à servir le repas à leur mari, elles croquent des Valium pour oublier leur situation.

Cérébrale, drôle, mais aussi poétique, parfois grinçante, la création d’Olivier Saccomano et Nathalie Garraud invoquent de grands personnages de ce XXe siècle. Deux André, Breton et Citroën sont ainsi mis en parallèles. Un troisième André, cette fois américain, Andy Warhol fait également un passage sur le plateau. On y rencontre aussi Deleuze, Simone de Beauvoir ou Angela Davis. La Joconde aussi, au cours d’un cours d’histoire de l’art magistral sur le fameux sourire de Mona Lisa. Et bien sûr, Ophélie, personnage féminin tant de fois représentée.

Avec Institut Ophélie, on voit donc une femme, et à travers elles toutes les femmes. Celles qui se sont battues, celles qui se sont tues, celles d’hier et celles à venir. À la fin de la pièce, un cri lancé comme un avertissement à la génération féminine à venir : « Tenez bon ! »

Institut Ophélie, prochaines représentations au Théâtre de l’Archipel à Perpignan, les 8 et 9 décembre. 

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