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L’Art-vues a lu : « La fille du poulpe » de Sergueï Dounovetz, par BTN

11 Fév 2025 | L'Art-vues a lu, Livres

Vous connaissiez le Poulpe, dont tant d’auteurs ont narré les aventures, son air de ne pas y toucher, une graine d’ananar sur pattes, le non-conformisme incarné. Vous le retrouverez dans ce dernier opus signé Sergueï Dounovetz, mais vous y découvrirez aussi, et surtout, si ce n’était déjà fait, sa p(o)ulpeuse progéniture supposée, Gabriella, embringuée dans des aventures qui, si elles ont tout d’une fiction, inscrivent celle-ci dans un contexte plausible, bien dans l’air d’un temps des plus troublés.

Par la guerre notamment, celle qui sévit sous nos yeux en Ukraine en particulier, sur laquelle l’auteur en connaît un rayon, d’autant que son père est né à Odessa. Le prétexte est la mort d’un Colonel russe près d’un Centre Emmaüs vers la côte sauvage, du côté de Royan, ou notre superbe créature, née en prison (en Bolivie, ça ne s’invente pas), a quelque accointance amoureuse, ukrainienne justement.

On ne peut tout dévoiler mais la fille du Poulpe, qui n’a pas froid aux yeux, en tout cas avant son baptême du feu, se retrouve quelque temps au cœur du conflit, dans des situations périlleuses qui doivent pourtant s’avérer le lot quotidien des populations locales. Pour rendre les scènes crédibles, l’auteur a sorti l’artillerie lourde : la panoplie variée, mais vulnérable, des drones kamikazes, les exactions inénarrables des mercenaires Wagner, les paysans peu hospitaliers du Donbass et, par-dessus tout, le vieux zinc du Poulpe, capable de vous sauver dans les cas qu’on estimait désespérés. Rien n’est plus beau que l’amour familial sinon la solidarité.

Ajoutons-y les miracles technologiques d’un prétendu frère de l’héroïne, un as de l’informatique, un précieux secours en cas de danger majeur, tout comme celui d’un amoureux transi de la belle bolivienne, elle-même à la recherche d’infos de première nécessité pour son blog anti-nases. Y’a que la vérité qui fâche et qui semble digne d’être révélée.

On n’a évidemment pas une minute, pas une ligne pour s’ennuyer, d’autant que Dounovetz multiplie les traits d’humour, les dialogues tendus, mais appropriés, les calembours comme on n’en fait plus (« T’imagines bien, même si c’est pas du Lennon »). Sans parler de sa truculence habituelle et de son style ciselé, mais très populaire. On s’attache à cette grande fille sculpturale, en tout digne de son père, le flegme en moins et le tempérament énergique en plus. Et qui préfère à la bière paternelle l’alcool de patate et le Singani bolivien.

BTN

Éditions Moby Dick (coordonnée par SD).

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