Pour les amateurs de libertinage, littéraire et consentant, le XVIIIe siècle est un indétrônable. Pensez : une époque où le séducteur pouvait séduire sans être taxé de prédateur, cela paraît inconcevable aujourd’hui. L’avenir dira qui aura raison de la liberté révolue en matière de mœurs ou de la lutte répressive des sexes. Toujours est-il que des écrits demeurent, qui nous plongent dans un passé qui fleure bon les libertés lumineuses de l’ambiance prérévolutionnaire. Giacomo Casanova fut un membre actif et un témoin écrivant de ce siècle-là. L’Histoire de ma vie fascine encore des flopées d’amoureux des livres et de destins exceptionnels. Jean-Claude Hauc, en casanoviste convaincu, a repéré, au sein des milliers de pages que comptent les œuvres complètes de l’aventurier vénitien, celles qui concernaient notre bonne ville de Montpellier.
Ainsi, c’est en chercheur scrupuleux qu’il nous propose le fruit de ses recherches. L’ouvrage est composé de deux parties : les faits et les hypothèses. Question faits, nous assistons, Mémoires à l’appui, aux rencontres successives de l’évadé des Plombs avec la belle montpelliéraine, « l’une des plus jolies femmes de toute la France ! ». Et c’est toute une époque qui est ressuscitée, où pullulent les escrocs, les nobles libertins, les joueurs invétérés… Nous le suivons, à Londres, à Dresde et Vienne, et bien naturellement Montpellier, où habite La Belle Montpelliéraine, de retour chez son apothicaire de mari, cocu, mais content (comme dit l’autre).
Question hypothèses, l’auteur se livre à une analyse méticuleuse de documents qui finissent par faire émerger un nom, celui de la belle inconnue éprise d’aventures et de voyages librement consentis, malgré ce que cela pouvait représenter de dangereux pour une femme à l’époque. Pour les casanovistes, l’épisode montpelliérain pourrait s’avérer essentiel, car il nous montre des facettes nouvelles de la personnalité du séducteur vénitien, vers le milieu de sa trépidante vie, sensible et providentiel, altruiste et amical. Pas le simple hédoniste que l’on imagine.
La fin de l’ouvrage, en appendice, nous offre des informations complémentaires sous forme de cours textes bien documentés : deux aventuriers à Londres (Casanova et le Montpelliérain Ange Goudar ou les rêves industrieux, plausibles, de deux exilés londoniens), Les poisons de Vénus (catalogue des partenaires lui ayant transmis les maladies mois une : LBM), Autour de la mère (les membres de sa tribu, vers laquelle Giacomo se tourne quand il se sent perdu), Des auberges (dont deux mises en exergue, notamment celle de Montpellier) et Les avatars d’un manuscrit, celui d’Histoire de ma vie que l’on peut lire enfin, depuis quelques années, dans sa version originelle. Et donc l’aventure avec la Belle Montpelliéraine, telle qu’il l’a vécue, écrite et peut-être embellie. Car le bibliothécaire de Dux, en Bohème, conserve sa part de mystère même s’il arrive, comme dans ce petit livre, d’en résoudre quelques-uns.
BTN
Éditions Douro
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