La photo, depuis qu’elle se revendique comme un art à part entière, ne se contente pas de représenter, elle tend à révéler, en l’occurrence, les mystères du monde. Les choses simples, celles que nous passons sans voir, ont-elles aussi droit de regard, et l’art du photographe est de focaliser le nôtre sur elles. Jean-Pierre Lambert trouve matière à variations infinies autour d’un même thème dans un sous-bois catalan où arbres, branchages et flamboyantes broussailles le sollicitent à profusion.
Il en tire des compositions complexes caractérisées par des valeurs subtiles de gris et par une attention particulière accordée à la lumière. Le motif photographié forme comme un écran qui interdit toute perspective illusionniste. Ainsi, les lignes sont-elles mises en valeur sur la surface comme s’il s’agissait d’un dessin ou d’une gravure. Il ne s’agit pourtant pas de prises de vue de dilettante. Celles-ci doivent être recadrées et travaillées par des moyens numériques pour obtenir l’effet recherché. La nature ne se livre pas tout de go. Elle a besoin qu’on l’apprivoise, ou du moins que l’on apprivoise son image, car elle n’est fixée que dans un état temporaire de son éternelle métamorphose.
Mais c’est une autre transformation que lui fait subir le photographe, celle qui va de la réalité à l’image. En résumé, la nature propose et l’homme en dispose. Elle se prête à son obstination à découvrir des vérités, à traquer la beauté et au fond à élever l’esprit par l’art bien au-dessus de sa condition et de sa finitude. En figeant l’éternel sur image, il finit par lui voler un peu de cette éternité. L’homme est absent de l’image, mais sans lui, elle n’existerait pas. Chassez l’humain, il revient au galop…
BTN
Plus d’infos : galerie-remp-arts.com
Photo : Jean-Pierre Lambert