Du 12 avril au 16 novembre, l’exposition 75 ans d’amitié, les artistes et le musée proposera une sélection de plus de soixante pièces majeures d’artistes dont l’amitié a marqué l’histoire du musée d’art moderne de Céret.
Lieu incontournable de l’art moderne et contemporain du sud de la France, le musée d’art moderne de Céret retrace, dans cette exposition anniversaire, son histoire à travers les artistes qui l’ont fait vivre. Jean-Roch Dumont Saint-Priest, directeur conservateur du musée, inspiré des réflexions d’Aristote, voit aussi cette célébration de l’amitié comme “un outil de résistance face à un temps qui est marqué par l’individualisme et la violence”.
L’exposition s’ouvre sur Abstraction (1939) d’Auguste Herbin, donné par l’artiste pour l’ouverture du musée en 1950. Avant-goût de la première période “Amitiés fondatrices” de l’exposition, qui revient sur l’amitié entre le fondateur du musée, Pierre Brune, et différentes figures emblématiques de l’art moderne, dont Henri Matisse avec Grande tête de femme (1945) et Pablo Picasso avec Vénus et l’Amour (1949). Si ces deux artistes ont largement contribué au fond du musée avec leurs nombreuses donations, on retrouve également les œuvres de Marc Chagall ou de Valentine Prax, qui ont également témoigné de leur amitié en offrant des toiles. Des talents oubliés du mouvement de l’abstractionnisme comme Christine Annie Boumeester ou d’Honoré-Marius Bérard sont aussi mis à l’honneur.
“Amitiés créatrices”, deuxième temps de l’exposition revient sur le carrefour artistique que représentait Céret entre artistes du sud de France et de la Catalogne. Le Personnage oiseau (1986) de l’artiste Joan Miró démontre l’impulsion catalane que prend le musée à partir des années 1970. La peintre marseillaise Anne-Marie Pêcheur, également grande donatrice, propose un travail autour de la perforation. Elle est accompagnée d’œuvres d’autres artistes ayant tissé une amitié forte avec le musée, tel Claude Viallat, qui avait notamment peint des pièces monumentales sur les rideaux de l’ancien musée avant sa réouverture. L’œuvre Du simple au double de Toni Grand, présentée à l’occasion de la réouverture du musée en 1993, est également de la partie. Ces 17 cylindres, de la taille d’anguilles de mer, en polyester et résine, ont été présentés lors de l’agrandissement du musée en 1993 par l’architecte Jaume Freixa (à qui l’on doit la Fondation Miró de Barcelone). Elles occupent désormais l’agrandissement contemporain de Pierre-Louis Faloci (Grand Prix d’architecture 2018) qui abrite l’exposition.
L’artiste espagnol Tom Carr fait se prolonger le lien avec le monde catalan dans les années 2000 avec notamment son œuvre Paysage intérieur, recomposition du paysage de Céret avec des jeux de miroirs au sein d’une espace intimiste. Il marque la troisième période de l’exposition, intitulée “Amitiés durables”, qui laisse entrevoir les démarches artistiques qui vont marquer l’avenir du musée. L’humour, présent tout au long de l’exposition avec, par exemple, la structure souriante en liège de Claude Massé, Patot (1934), prend une place importante dans cette dernière période. Le grand collage de Christian Bonnefoi évoque l’œuvre à l’humour mordant d’Alfred Jarry, Ubu Roi, et la Pharmacie Fischer (2010), de l’artiste franco-canadien Hervé Fischer propose des pilules à consommer pour soulager toutes sortes de maux ou pour exaucer différents vœux : “pour ne pas souffrir”, “pour le bonheur”.
Une rétrospective riche de la pluralité d’artistes (emblématiques, ou parfois oubliés) et des influences méditerranéennes ayant imprégné les collections du musée durant ces 75 ans.
LJ
Plus d’informations : musee-ceret.com
Photo : Valentine Prax La mappemonde s.d. Huile sur toile 73 x 92 cm Don de l’artiste en 1950 © Adagp, Paris, 2025