Il fallait bien un Centre d’art contemporain pour épauler, en création présente, la prestigieuse réalisation du passé qu’est la Cité. L’exposition inaugurale de l’ancienne Banque réunit les collections de deux amateurs d’art, façon judicieuse d’amener un public, peut-être pas trop averti, à humer l’esprit de la contemporanéité en peinture et autres disciplines.
Il faut y ajouter la présence dès l’accueil de J.R qui intègre le public dans ses œuvres et donne aux humbles, si je puis dire, droit de cité (Inside out). Les non-artistes intègrent l’œuvre d’art. Et celle Hors les murs, de Richard Orlinski, l’homme qui a popularisé King Kong et autres animaux (crocodile, panthère…) dans des sculptures aux matériaux modernes et rutilants, que le public peut découvrir en cinq points de la ville. La sauvagerie au cœur de l’urbain. À cela s’ajoutent les plasticiens du cru, de la ville ou au-delà, dont certains en résidence seront montrés en août. Leur présence prouve que cette région audoise ne manque pas non plus de dynamisme et ne réclamait qu’un lieu fédérateur pour se révéler : Daria, Ludo Charles, Pavan, J.F Prigent…
Pour en revenir aux deux collectionneurs, le premier, Fred Lux, et l’Association des amis du Château de Cun, ne cache pas son intérêt pour l’art brut ou pour les outsiders, que l’on commence à regarder avec intérêt du côté du champ plus élitiste de l’art contemporain. Ainsi peut-on découvrir une sculpture en forme de fusil indien d’André Robillard, les mondes singuliers de Jesse Reno, Günter Neupel, Jerzy Ruszczynski, ce qui prouve que l’art brut est international. L’univers est singulier, quasi enfantin, ce qui parle à chacun de nous. La représentation des végétaux, animaux et humains ne s’embarrasse pas de rationalité même si chaque œuvre possède sa logique propre. Le second, Jacques Font, le cinéma Castillet de Perpignan c’était lui, est fin connaisseur de la création contemporaine des dernières décennies, dont il connaît les ténors et les mouvements ou tendances.
Sur le plan international, telle la danoise Eva Nielsen et ses paysages, le Sud-Africain Kendell Geers, le Chinois babélique Zhenjun Du ou le Sénégalais Omar Victor Diop. Et encore, Louise Bourgeois, célèbre et incontestée, le plus parisien des Islandais, Erro et sa figuration narrative, Peter Klasen qui en connaît lui aussi un rayon sur ce type de figuration, ou le surréaliste manipulateur des poupées, Hans Bellmer. Nos nationaux à l’instar de Morellet (abstrait géométrique), Journiac (body art), Hélène Delprat, Barbara Navi (peinture figurative contemporaine), les déplacements peints de Matthieu Boucherit, l’autoportrait selon Pascal Convert, les paysages et terrasses de Jérémy Liron…
Et puis nos régionaux tels Benchamma, Daubanes, Capdeville, Susplugas, Christian Bonnefoi, le Carcassonnais Jean Camberoque, l’incontournable Viallat. Un panel éclectique et c’est tant mieux pour le public qui peut ainsi se familiariser avec divers types d’expression.
À découvrir en attendant une programmation que l’on espère originale et variée, dont nous aurons l’occasion de reparler. Sur le plan de l’art contemporain, Carcassonne aussi à droit d’être cité…
BTN
Plus d’infos : carcassonne.org
Photo : Eva Nielson