Sélectionner une page

Béziers | André Cervera s’installe à La Mouche pour une exposition du 18 avril au 3 juillet

11 Avr 2025 | Arts plastiques, Expos, Hérault

La peinture figurative, que l’on semble re-découvrir aujourd’hui, s’est assez bien maintenue dans notre région durant les décennies où elle était, à l’instar de certaines toiles d’André Cervera, enterrée (mais c’était pour mieux renaître). Cervera aura été l’un de ses fidèles. On l’aura vu successivement consacrer des séries aux animaux-totems qui incarnent nos villages, s’approprier les rites des divers pays exotiques qui l’ont toujours tenté (particulièrement l’Inde, l’Afrique et la Chine) mais aussi les chefs-d’œuvre de l’art, le règne animal, les musiciens qu’il admire… Le tableau ne se veut jamais réaliste, mais aussi expressionniste (« méditerranéen ») que possible, Cervera ayant adopté la pratique du cerne figural. L’exposition de La Mouche lui permettra de présenter à ceux qui ne le connaissent pas encore, ou qui ont besoin qu’on leur rafraîchisse la mémoire, une sorte de rétrospective de ses réalisations les plus significatives.

L’artiste y propose deux séries inédites : l’une liée à l’un de ses voyages au Maroc, témoignant de son attirance irrépressible pour d’autres climats où retrouver des visions du monde avec lesquels il se sent en confraternité. L’autre, pour un travail sur papier, plus dépouillé, qui tient compte de l’environnement décoratif dans lesquels il insère ses personnages. Les créatures, ectoplasmiques, qui apparaissent sur le Vélin d’Arches, dans les scènes où il les fait jouer, comme au théâtre, semblent sortir de quelques limbes, cet univers de l’entre-deux mondes qui n’existe au fond que le temps du regard posé sur le tableau… Ainsi ce dernier est-il un lieu de passage et l’artiste un intercesseur d’un monde à l’autre : des limbes auxquels il les arrache au réel auquel il les impose et les restitue.

Le premier espace de La Mouche, nous familiarise avec l’univers de l’artiste, et renvoie à sa production depuis les années 2000 (on y retrouve Pinocchio qui semble s’accommoder de la présence ectoplasmique de son créateur, ou un homme en équilibre précaire dans une fosse, où le monstre des enfers guette sa chute fatale). L’enrichissement permanent de l’œuvre est dû à sa confrontation aux grandes représentations collectives découvertes durant les voyages : mythes, rituels, cérémonies… On comprend mieux le titre retenu Horizons mouvants. La seconde série, inédite, est inspirée du séjour de Cervera à la Fondation Dar El Kitab de Casablanca, en 2019-2020, et plus particulièrement de l’équivalent arabo-persan de nos populaires Fables, datant du IIIesiècle.

Enfin, le troisième espace révèle le travail de Cervera durant le confinement et tranche quelque peu avec sa production antérieure : elle est réalisée sur Vélin, avec un protocole très particulier (à l’aveugle et avec un nombre limité de couleurs) et dans un esprit quasi chorégraphique, ou si l’on préfère très gestuel, en laissant une grande place au hasard. Il s’agit de silhouettes qui semblent à la fois visiter l’artiste et se faire visiter par lui. Des sortes d’âmes-sœurs, issues des limbes et incarnant la dualité. Au demeurant, chacun est libre de se les approprier et de s’y reconnaître, de nourrir chacune de chair, de sang et de pensée de sorte que le visiteur peut se retrouver, un temps, l’un des doubles de l’artiste. La gestualité de l’un se concrétise en image pour devenir autre et passer du néant à l’humain et de l’image au réel.

C’est le privilège des artistes de se faire démiurge, tel le créateur de Pinocchio, et de nous faire assister à leur conception, nourrie de l’expérience et de la culture mondiale, de la re-création. De ce point de vue, Cervera est un artiste privilégié.

BTN

Plus d’infos : lamouche-art.com

Photo : © André Cervera

A lire aussi

Toulouse | Photographies de scène : « Falaises » de François Passerini au ThéâtredelaCité jusqu’en septembre

Toulouse | Photographies de scène : « Falaises » de François Passerini au ThéâtredelaCité jusqu’en septembre

À Toulouse, le ThéâtredelaCité – Centre dramatique national Toulouse Occitanie présente jusqu’en septembre l’exposition Falaises de François Passerini, une série photographique issue de plusieurs...

Lire

Sérignan | Trois soirées de voix féminines avec Chants d’hiver et de femmes, à La Cigalière du 29 au 31 janvier

Sérignan | Trois soirées de voix féminines avec Chants d’hiver et de femmes, à La Cigalière du 29 au 31 janvier

À Sérignan, La Cigalière accueille du 29 au 31 janvier la 15e édition du festival Chants d’hiver et de femmes, consacré aux voix féminines avec un parcours musical allant du Trio Zéphyr à Les...

Lire