L’Espace d’art contemporain de Bédarieux propose souvent, dans ces cinq salles, des artistes de notre région qui se distinguent par la singularité de leurs propositions, lesquelles tranchent avec les codes imposés par la tradition. C’est le cas de Patricia Stheeman que l’on a pu voir entre autres au Lac de Sigean, Chapelle des Pénitents, à Narbonne, N°5 ou Maison Borromée à Montpellier, JP Barrès à Toulouse et Univer /C. Colla à Paris. Et bientôt, cet été, à l’espace Roger Broncy, de Port-la-Nouvelle.
À Bédarieux, il s’agit essentiellement de paysages dessinés, à l’encre, sur papier. Cela peut paraître simple. Sauf que le paysage est remodelé à petits traits et hachures intimistes comme s’il s’agissait de se l’approprier dans ses valeurs et qualité suggestives… Le choix du dessin n’est pas lié au hasard. Il suppose patience et méticulosité à l’instar d’un travail de couture. Quant au papier de soie, il est plié, froissé, malmené de manière à jouer sur ses vertus plastiques autant que sur ses propriétés de support. Il semble fragile mais prouve sa résistance et permet de varier les modalités de (re) présentation.
Dans les Paysages traversés Patricia Stheeman ajoute une dimension temporelle puisqu’elle s’inspire des vues qu’elle peut figer sur son mobile, lors de ses voyages ou promenades. Preuve qu’elle sait s’accommoder des avancées pratiques de la technologie. Elle en exclut la présence humaine que l’on ne la subit que trop dans le réel. On a besoin de plages de respiration propices à l’arrêt sur image, sur imagination. Les traces humaines demeurent tenaces, et l’humain revient au galop sous les doigts de l’artiste. Le paysage a quelque chose d’intemporel et en même temps de fugitif puisque nous ne lui accordons qu’un peu de notre temps. Il nous rappelle nos vanités singulières et nous aide à prendre la mesure de notre condition.
On le retrouve dans les titres : Feuille de route, Traversées, Bout de route et même Paysage aux éclats ou Paysage résilient. Patricia Stheeman, accumulant de petits paysages contrecollés sur toile, joue sur la relation qui unit tel fragment à un ensemble. Cela lui permet de laisser le regardeur choisir tel détail plutôt qu’un autre et ainsi effectuer à son tour un voyage, une promenade, empreints de subjectivité, de sensibilité, à l’instar de celle qui anime l’artiste et, dans le meilleur des cas, de poésie. L’unité de ton est évidente grâce à l’encre et plus rarement la poussière d’ocre ou la peinture luminescente. L’accueil nous reçoit comme au matin (Tracé Commencer jour ou même Étude)tandis que l’on nous invite au déplacement Suite, sur trajet court ou Là-bas, libre (salle 1), jusqu’à la salle conclusive où l’on prend conscience du parcours accompli (salle 3) : Après le travail (gare de Narbonne) dans l’espérance d’une éventuelle Issue.
En passant par Tracer-avancer, jusqu’à la Passerelle (salle 2), sans oublier celle sans qui rien ne serait possible (Se souvenir de la lumière). L’accrochage est conçu pour multiplier les points de vue et possibilités combinatoires. Ainsi le visiteur reconstruit-il ses paysages et organise-t-il son voyage.
BTN
Plus d’infos : bedarieux.fr
Photo : © Patricia Stheeman