Prenez d’un côté un parc vallonné, lieu ludique et forestier, lequel propose des jeux d’eaux instructifs, tout le long du parcours arboré de 10 hectares, et jalonné de cent œuvres d’artistes, avec une tour du XVIe en son milieu, afin d’y faire une pause méditative. De l’autre, un spécialiste de l’installation fasciné par l’énergie de la nature, pour qui l’eau est un matériau de prédilection et qui aborde ses activités avec l’esprit de découverte et de surprise propre à l’enfance – je parle de Stéphane Thidet. Demandez à celui-ci d’intervenir dans l’espace dévolu à l’annuelle expo estivale… Le résultat est on ne peut plus à même de surprendre, mot qui rime avec suspendre, c’est la vocation même d’une pause, suspendre le temps.
D’abord Thidet s’est servi de la volumétrie de la tour afin d’y suspendre justement un canoë démesuré de sa confection, dans une position verticale s’entend, comme pour arrêter le voyage, le temps d’une réflexion, tout en le détournant de sa fonction usuelle et fluviale : naviguer. C’est un peu la métaphore de notre balade au Vallon, mais aussi de l’existence en général : un moment de répit propice à l’imaginaire entre deux activités. Le bois, suspendu à celui du plafond, est travaillé de sorte que l’on pense à ces chefs-d’œuvre de l’art qui tournent autour du thème de la bête écorchée. Les planches courbes se font côtes de thorax. Il n’y manquait que l’eau, laquelle ruisselle sans que l’on sache comment s’y est pris l’artiste.
Ainsi Thidet a-t-il tenu compte de la spécificité du lieu (vertical, voué à l’eau, volumétrique et recourant au bois) pour introduire ce canoë qui demeure dans la thématique aquatique. L’accueil et les étages sont occupés par des vidéos plus anciennes sur écrans plus ou moins grands. À l’accueil, Soleils, où l’adulte prend le relais de l’enfant qui brûle des dizaines de boules de pissenlits, la beauté du geste ne faisant pas oublier l’agression humaine commise envers ce petit bout de nature – et la perte d’innocence que suppose cette répétition d’action. Au dernier étage, Halfmoon présente une villa américaine, que les animaux (biches, cerfs, coyotes, dans la stridence des insectes…) se réapproprient la nuit, pendant que retentissent, non loin de là, les sirènes civilisées. L’artiste a malicieusement introduit une table, de Cène ou banquet, que les animaux regardent sans s’y arrêter. On a l’impression d’être dans un univers improbable, ce à quoi concourt l’absence de couleurs, d’autant que des statues antiques se mêlent aux créatures vivantes.
Enfin, le Souffle que l’on entend, sur la passerelle, est celui de l’artiste, qui inspire sur écran noir et expire lorsque naissent les images de choses et objets soumis aux caprices du vent. Surprendre, telle est la vocation de l’art ; suspendre l’attention pour ouvrir à la méditation. Thidet y parvient en créant des événements, ou en les enregistrant dès qu’ils viennent à lui, comme une grâce, une surprise que l’on fait à un enfant. Cela tombe bien, le Vallon est conçu pour que les enfants s’y amusent et y apprennent, à découvrir l’inconnu, comme leurs parents. Jeu et art se mêlent à la verdure ombragée et la triade fonctionne en osmose. Et l’harmonie, par les temps qui courent, devient rare…
BTN
Plus d’infos : levallon.fr
Photo : Œuvre de Stéphane Thidet