Du côté de Bages, tout près de Narbonne la Romaine, d’où le titre en latin, on revient sur le livre des amis comme on dirait le livre d’artistes. Il ne faut pas oublier qu’il se présente à nous tel un volume, se rapproche donc de la sculpture et donc peut prétendre à toute sa place dans un lieu d’art, en l’occurrence, la Maison des arts. Tel est le cas avec les créatures totémiques imaginées par Georgia Russell et leur chevelure de « paperolles », pour parler comme Céleste Albaret, ou si l’on préfère de papiers découpés.
Le livre n’est pas seulement un réservoir, plus ou moins manuscrit, de phrases et de mots : il peut servir de support à bien des interventions artistiques. C’est ainsi que Jochen Gerner caviarde des textes eux-mêmes citationnels d’Olivier Cadiot (Je broie du noir), de telle sorte qu’un palimpseste se dessine et qu’un texte puisse en cacher un autre ou se révéler à partir de celui-ci. Sartre, Pérec, Foucault subissent le même sort. Quand la fièvre du recouvrement vous prend, elle ne s’impose plus de limites. La poésie émane d’un peu partout et même des créations d’autrui. On pense à une enluminure actualisée.
Dans le même ordre d’idées, la benjamine Clémentine Mélois rebaptise, par paronomase, les fameuses Mythologies de Barthes en Mycologies, parmi Cent titres revisités où l’on reconnaîtra les noms de Melville et Proust. En fait, les artistes ont connu le livre dans sa gloire révolue, années 50 et 60, et l’on conçoit qu’ils demeurent pour eux une base irremplaçable. Valérie Mréjen, qui l’a beaucoup pratiqué, rappelle l’offensive des illustrés et autres anciens albums BD, tels ceux de Zig et Puce, qu’elle détourne de leurs finalités avec l’humour qu’on lui connaît.
Les extraits reconstitués par Sharka Hyland apparaissent tels des trompe-l’œil étonnants, qu’elle prenne pour cible la saga proustienne, un roman de Kafka ou un poème de Reverdy. J. C. Blais fait parler, on le sait, le cutter, J. M. Alberola en rajoute en se tamponnant les passages du Capital sur les plus-values, tandis que W. Kentridge envahit d’une phrase présente et fugace, sa page. Quant à J.C. Norman, il sublime une simple feuille du livre en la transformant en paysage, d’huile et encaustique. On s’y « livre » avec délectation. BTN
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