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Avignon | L’Art-vues a vu au Festival d’Avignon 2026 : « Thésée, sa vie nouvelle »

21 Juil 2026 | Non classé, Spectacles vivants

« Qui commet le meurtre d’un homme qui se tue ? » Cette question, qui ouvre et referme Thésée, sa vie nouvelle, agit comme une déflagration. Adapté par Guy Cassiers du roman de Camille de Toledo, le spectacle transforme une enquête familiale en une méditation bouleversante sur le deuil, la mémoire et les héritages invisibles. Au cœur de cette traversée vertigineuse, Valérie Dréville livre une performance d’une intensité rare.

Dans le silence et l’obscurité, la comédienne entre en scène. Elle est Thésée, double de l’auteur, qui quitte la France pour Berlin après le suicide de son frère puis la disparition successive de ses parents. Il croit fuir son histoire ; il va au contraire la rouvrir en découvrant trois cartons d’archives familiales. Photographies, lettres, manuscrits : autant de fragments qui le conduisent à remonter le fil d’une généalogie juive marquée par les guerres, l’exil, l’assimilation et les tragédies du XXe siècle.

Le pari de Guy Cassiers était risqué : transposer un roman foisonnant, construit par strates et allers-retours, sans en perdre la densité. Il le relève avec une remarquable efficacité. Le dépouillement initial laisse progressivement place à une scénographie vidéo sophistiquée. Images d’archives, captations en direct, projections démultipliées composent un espace mental où les vivants dialoguent avec les morts. Jamais décorative, cette création visuelle épouse la structure labyrinthique du texte et donne corps aux fantômes qui hantent le récit.

Mais le spectacle trouve surtout sa force dans l’interprétation de Valérie Dréville. Seule en scène, elle traverse tous les personnages sans chercher à les composer psychologiquement. Frère disparu, père, mère, ancêtres ou narrateur semblent parler à travers elle. Plus qu’elle ne les incarne, elle se laisse traverser par leurs voix. Son jeu, d’une précision exceptionnelle, refuse toute sentimentalité. Chaque silence, chaque respiration, chaque inflexion porte la violence contenue du texte.

La langue de Camille de Toledo, exigeante, poétique, parfois foisonnante, trouve ici une limpidité nouvelle. Ce qui pouvait paraître théorique à la lecture devient profondément incarné. Cassiers et Dréville réussissent à faire entendre sans didactisme les réflexions du livre sur la transmission des traumatismes, la psychogénéalogie ou l’épigénétique. Derrière ces notions se dessine une interrogation plus universelle : sommes-nous jamais indemnes des violences traversées par ceux qui nous ont précédés ?

Le spectacle épouse parfois le vertige spéculatif du roman jusqu’à frôler une forme d’enfermement dans le déterminisme familial. Pourtant, cette réserve s’efface devant la puissance de l’expérience théâtrale. Car Thésée, sa vie nouvelle ne raconte pas seulement une histoire de deuil, il met également en scène la manière dont les morts continuent d’habiter les vivants.

Thésée, sa vie nouvelle, l’Autre Scène Vedène à 12h jusqu’au 24 juillet.

Luis Armengol

Photo : © Christophe Raynaud de Lage

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