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En région | « Comment exprimer une trace dans un art éphémère ? » : Benoît Belleville présente TRAXXx, la nouvelle création de trapèze volant de CirkVOST – du 2 octobre au 8 janvier 2027

24 Sep 2026 | Spectacles vivants

Installée à Alès, la compagnie CirkVOST présente TRAXXx, sa nouvelle création de trapèze volant sous chapiteau, mise en piste par Benoît Belleville avec Hélène Soulié à la dramaturgie et Mourad Merzouki à la collaboration chorégraphique. Après une avant-première gratuite à Frontignan du 2 au 4 octobre, déjà complète, le spectacle sera créé au festival Circa, à Auch, du 20 au 23 octobre, avant de rejoindre Alès du 13 au 15 novembre, dans le cadre de Temps de Cirques, puis La Grainerie, à Balma, du 28 novembre au 8 janvier 2027. Benoît Belleville revient sur la genèse d’un spectacle qui interroge les traces que l’on garde, que l’on se transmet et que l’on choisit de laisser.

Tout le spectacle tourne autour de la trace, celle que l’on a laissée et celle que l’on laissera. D’où vient cette idée ?

Nous fonctionnons de manière assez collégiale. Au départ d’une nouvelle création, nous nous donnons des rendez-vous où chacun apporte un point de départ : une image, un livre, tout ce qui l’inspire pour construire un spectacle autour d’un thème qui fédère le groupe. Je me souviens que Louise, l’une des trapézistes, avait apporté un livre sur des cueilleurs de miel qui travaillent à des hauteurs vertigineuses. Les idées ne manquaient pas. Puis un musicien est arrivé en disant : « J’aimerais travailler sur le monde d’aujourd’hui, qui est assez compliqué. Quelle trace faut-il laisser ? Faut-il seulement en laisser une ? »

Cette question nous a interpellés. Elle apportait aussi de l’eau à mon moulin, car j’avais envie de laisser une trace de la voltige. Quand le public assiste à un numéro de voltige, il n’en reste ensuite aucune trace, sinon dans sa rétine, dans sa mémoire. Je voulais mettre cette trace en exergue. Plusieurs intentions se rejoignaient ainsi : celle du propos et celle de la scène. Comment exprimer une trace dans un art éphémère ? Car la voltige, par nature, ne dure qu’un instant.

« Comment exprimer une trace dans un art éphémère ? »

Comment avez-vous voulu traduire cela dans le spectacle ?

C’est pour cela que nous avons fait appel à des collaborateurs et collaboratrices, notamment Hélène Soulié, dramaturge et metteuse en scène. Avec elle, nous avons mené un travail à la table avant de rejoindre le chapiteau, sur le lieu de création. Elle nous a d’abord guidés vers la notion de trace, notre point de départ, puis nous nous sommes rapidement orientés vers la mémoire, car la trace, c’est aussi de la mémoire.

Pendant quatre ou cinq jours d’écriture à la table, nous avons abordé beaucoup de sujets : les traces que l’on garde en soi, les traces familiales, sociétales, écologiques, la manière de les gérer, de s’en défaire ou non, car certaines méritent d’être conservées. Cela a nourri la dramaturgie. Nous faisons du cirque, et il est parfois difficile de raconter une histoire : nous avons donc écrit une trame avec des séquences plus jouées, plus théâtrales.

Le spectacle s’ouvre ainsi sur un banquet. Hélène affectionne les banquets, et celui-ci incarne la trace du vieux monde : le repas de famille un peu malaisant, à la manière du film Festen. La scène est surtout chorégraphiée, avec peu de texte, même si quelques mots sont prononcés. Elle représente l’emprise de ce vieux monde et de ces vieilles traces dont on essaie de se débarrasser.

Le spectacle se compose de deux parties : l’une consacrée à ce « vieux monde », l’autre aux traces que nous avons envie de laisser. C’est là qu’intervient le trapèze volant, comme une respiration, un envol. Toute la dualité est là : nous montrons au public les traces dont nous voulons nous débarrasser, puis celles que nous aimerions adopter, et nous l’invitons à nous suivre. Nous tenons à terminer sur un message positif. Nous ne sommes ni danseurs ni comédiens, mais nous utilisons la danse et le théâtre, et nous n’avions pas envie d’un spectacle plombant.

Le chorégraphe Mourad Merzouki a collaboré à ce spectacle. Comment cela s’est-il passé ?

Nous avons travaillé avec Mourad et avec Kader Belmoktar, son assistant. Une collaboration ponctuelle, mais passionnante, entièrement au service des idées du spectacle, et c’est ce qui l’a rendue si riche. Mourad a pleinement joué le jeu, et il reviendra d’ailleurs. Je lui ai confié certains passages de mouvement pour qu’il nous fasse ses propositions : le spectacle intègre ainsi une véritable gestuelle dansée.

C’est aussi ce qui rend l’échange intéressant : nous ne sommes pas danseurs, nos corps sont différents, et c’est précisément ce qui l’intéresse. Mourad travaille beaucoup avec des circassiens, il connaît bien cet univers, et il vient lui-même du cirque.

Vous avez choisi de jouer sous chapiteau, le lieu du cirque par excellence, et sous un grand chapiteau de 500 places. Pourquoi ce choix ?

Qui dit cirque dit souvent chapiteau. S’il est aussi grand, c’est parce que nos structures de trapèze imposent des hauteurs à respecter. Nous l’avons construit à la naissance de VOST, il y a près de vingt ans, précisément pour y accueillir une structure que nous avions imaginée. Nous l’avons gardé depuis : c’est notre maison.

Le chapiteau, c’est aussi une philosophie de vie : nous vivons tous en caravane autour. Et il rejoint bien le propos du spectacle, puisqu’il se monte, se démonte et laisse peu de traces. Contrairement à une scène nationale ou à un théâtre, qui ne bougent pas, il nous permet d’aller au plus près des gens, d’installer une salle éphémère où le public entre, rêve, puis repart. Et nous repartons ensuite à notre tour. Quelle trace cela laisse-t-il dans le cœur des gens ? Cela dit, une salle où l’on a ses repères a aussi ses avantages.

« Le chapiteau, c’est aussi une philosophie de vie. »

La fin d’année s’annonce chargée, avec de nombreuses dates. Pouvez-vous nous présenter ce calendrier ?

C’est un projet qui se construit sur trois ans, entre les premières réunions où l’on définit ce que l’on veut dire, la recherche de fonds et celle des coproducteurs. Nous arrivons aujourd’hui aux dernières semaines de résidence à Frontignan pour finaliser le spectacle. La création aura ensuite lieu à Circa, l’un des festivals phares du cirque de création en Europe, voire dans le monde. Là, ça passe ou ça casse. C’est toujours un peu stressant, car tous les professionnels sont présents, mais nous avons désormais une certaine assise, et surtout, nous faisons ce que nous aimons. Quand on prend du plaisir, cela se voit, et cela se transmet.

Suivra une belle tournée : nous revenons chez nous, à Alès, puis nous repartons vers Toulouse. Nous avons voulu une tournée cohérente : cet automne, nous ne jouons qu’en Occitanie, pour éviter de monter dans le Nord puis de redescendre. Nous l’avons organisée avec nos partenaires occitans, d’où La Verrerie, Auch, Toulouse et Frontignan. Car chaque déplacement coûte cher, aujourd’hui même hors de prix.

À Toulouse, nous nous installerons pour près d’un mois et demi à La Grainerie, à Balma, l’un de nos partenaires. Nous travaillons également en partenariat avec Odyssud, le théâtre de Blagnac.

Comment votre compagnie vit-elle les difficultés actuelles du monde de la culture ? Comment construit-on un spectacle aujourd’hui ?

C’est complexe, car la politique culturelle de l’État s’effondre, c’est une évidence. Avec CirkVOST, nous avons toutefois la chance de pratiquer une discipline presque abandonnée, le trapèze volant. Nous en sommes un peu les derniers représentants, alors qu’elle a été inventée par un Français, Jules Léotard, à Toulouse justement. Nous défendons en outre les grandes formes, de plus en plus rares, ce qui se comprend puisque les moyens diminuent. Mais nous avons l’avantage de durer et de bénéficier d’une petite notoriété dans ce domaine, sans prétention aucune. Nos partenaires nous ont suivis sur ce projet, car le contexte est difficile.

Nous sommes conventionnés, nous bénéficions d’aides et de coproductions. Sans cela, tout serait très compliqué. Nous avons d’ailleurs connu une économie sur le fil à nos débuts, puisque nous n’avons été conventionnés qu’au bout de dix ans. Et c’est toujours le cas : nous ne sommes pas abreuvés, c’est du goutte-à-goutte. Nous avons accès aux subventions, mais c’est de plus en plus difficile. Et au-delà des compagnies, les lieux et les festivals sont eux aussi en difficulté. C’est tout un cercle qui se sclérose : si les théâtres et les festivals n’ont plus les moyens, nous avons beau créer un spectacle, encore faut-il pouvoir le diffuser. La situation devient tendue.

 

Recueilli par Eva Gosselin

Plus d’infos : cirkvost.com
Photo : Meyer

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