Saint-Chinian (Orangerie, Domaine de la Dournie) et le village minervois d’Aigne (Lieu d’art contemporain La Còla, ancienne cave coopérative) accueillent trois artistes : un peintre, une photographe et un sculpteur. Tous trois de la même génération. Et qui se complètent puisque évoluant dans des disciplines différentes mais toujours en relation avec l’espace.
Le Cannois Max Charvolen, occupe à lui tout seul l’Orangerie du Domaine de la Dournie et deux murs au sous-sol de la Còla. La photographe Corinne Mercadier, s’inspirant de l’ancien espace avant travaux, livre des photos en noir et blanc traversées d’étranges formes lumineuses réalisées à la peinture sur verre. C’est fantomatique et mystérieux. Le céramiste et sculpteur Daniel Pontoreau conçoit, de son côté, ses œuvres comme des prétextes à méditation à partir de la terre ou de la pierre, paradoxe fertile.
Le sculpteur occupe la totalité du spacieux deuxième étage, et ses terrasses, ce qui lui permet de dévoiler la richesse de sa productivité, au sol, dans l’espace et même sur les murs. Grande variété de formes et supports dans une osmose évidente avec la matière manipulée, sublimée en quelque sorte par la cuisson et les rapprochements inédits. Max Charvolen est l’un des artistes les plus originaux de sa génération, celle des années, et du groupe, 70. Il écume les lieux les plus prestigieux (La villa du rêve chère à Matisse à Vence, le CIAC ou château de Carros, le Vallauris de Picasso…) à la recherche de détails architecturaux qu’il recouvre de morceaux de tissus imprégnés de colles et pigments. C’est la partie arrachée aux particularités architecturales du lieu qui est ensuite exposée, déployant à chaque fois une forme toujours nouvelle, mémoire d’un lieu spécifique et nous faisant voyager dans des espace-temps autres. Ainsi les formes de Charvolen sont uniques, toujours différentes et reconnaissables 1000. Il ne lésine pas sur les couleurs qu’il multiplie selon les divers plans architecturaux investis. Il s’est intéressé à un escalier voué à la disparition dont il restitue en quelque sorte la trace, à plat parce que son projet demeure pictural et suppose deux dimensions, se souvenant pourtant de la troisième. Le résultat est spectaculaire et habite l’espace. Même exposées ailleurs, ses œuvres s’ancrent dans du in situ. En ce sens, on peut parler de nomadisme. L’artiste est toujours avant et déjà ailleurs… La Còla est un lieu incroyable, comme on en a peu dans la région (sauf le L.AC.), et on espère qu’il en deviendra l’un des centres d’art attractifs.
BTN
Plus d’infos : lacola.fr
Photo : Corinne Mercadier, série Opéra silencieux, 2025