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Montpellier | « À fleur de peau » : la monstruosité s’expose à La Panacée jusqu’au 11 octobre

4 Août 2026 | Arts plastiques

L’ancienne faculté de pharmacie, en cœur de ville, est devenue un lieu incontournable de la vie artistique montpelliéraine, et on s’en félicite d’autant mieux qu’il est demeuré gratuit. Les œuvres ne sont pas toutes faciles d’accès, certaines peuvent heurter un public dit sensible… Sauf que l’art est aussi fait pour perturber les conventions. Ainsi les esprits ouverts (il en reste !) s’y retrouveront tout de go au cœur des préoccupations de plusieurs générations d’artistes s’étant confrontés à la problématique de l’altérité monstrueuse.

Si elle préoccupe aujourd’hui les jeunes gens dans leur rapport au présent (on pense à l’égyptienne Nuria Mokhtar, tout juste diplômée des B-A, prenant fait et cause pour une lutteuse transgenre dans une fresque murale) et à notre avenir (IA, manipulations génétiques…), certains y ont été confrontés de très près : l’allemand Albrecht Becker, interné pour son homosexualité, dont on peut voir des séries d’autoportraits photographiques. Ou Ceija Stojka, en camp de concentration en tant que Rom et exprimant ses cauchemars en peinture. Les dessins tératologiques du belge Stéphane Mandelbaum laissaient-ils augurer, à l’instar d’un Pasolini, son assassinat à 25 ans par des complices de vol ? Vous en jugerez par vous-même.

Sibylle Ruppert a connu les horreurs de la guerre : ses toiles surréalistes au noir s’en souviennent. Les « Freaks » constituaient déjà une grande préoccupation majeure dans l’œuvre d’Ulrike Ottinger, dont un nain dalmatien tenant son chien en laisse tout en brandissant un étendard revendicatif. Les toiles de l’anglaise. Penny Goring dénonce la violence faite aux femmes réduites à des poupées en effigie tandis que les toiles Sue Coe nous replongent dans l’univers de Bosch. Dans le même esprit, l’américain Richard Hawkins a réalisé des collages vidéos très pop d’une grande puissance plastique

Revenons aux plus jeunes : dans une salle qui lui est dévolue, Arthur Monteillet (deuxième diplômé des BA) suspend des fragments de fictions soigneusement répertoriés à de lourdes chaînes métalliques sous les yeux d’un inquiétant Cerbère en céramique. On est dans la dialectique Ce qui nous contraint/Ce qui leur échappe. Augustin Katz construit habilement un dialogue entre une grande peinture au rouge représentant le public d’un théâtre et une sorte de tambour supportant un paysage industriel désolé, inquiétant, métaphysique, une maquette en fait. Dans la grande salle, une pièce de projection permet d’assister à la chorégraphie effrénée, dans un genre queer, d’un homme-chien, vidéo de l’anglais Jenkin Van Zyl.

Plus discrètement, Kévin Blinderman pose un regard mélancolique sur sa génération à travers une peluche « toute trouvée ». Michelle Uckotter explore la maison de la cave au grenier. Les assemblages de l’espagnole Mónica Mays revisitent la statuaire traditionnelle en usant de matériaux inattendus (pots d’échappement, mobilier scolaire, laine…). Issy Wood explore la dentition en très gros plan. Entre les deux générations, l’hybridité pointe le bout de son nez, et aussi la question du corps en mutation : dans les chevaliers de velours de Julian Farade, le plateau royal que nous offre Lili Reynaud-Dewar toute d’aluminium recouverte, ou le cadavre constipé, tout droit sorti d’un film d’horreur, conçu par le canadien Julien Ceccaldi…

Au demeurant, l’expo se voulant internationale : Ebun Sodipo, cause transgenre couleur noire, est d’origine nigériane ; le duo Gaweda-Kulbokaite, installation troublante en miroir, nous vient de Pologne et Lituanie ; Tirdad Hashemi (Butchered bodies) ou Tala Madani, très fécale, sont iraniennes ; Brilant Milazimi et ses êtres filiformes, vient du Kosovo, Keunmin Lee est coréen. On appréciera la variété des genres plastiques, des supports et bien évidemment la relation que les œuvres entretiennent entre elles. Sans oublier le choix des artistes, d’une sensibilité « À fleur de peau ».

BTN

Plus d’infos : moco.art

Photo : Richard Hawkins, The Böcklin and Berdella Sequence, 2024 (capture / video still). Vidéo numérique / Digital video, 6min 11sec. Courtesy Galerie Buchholz.

 

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