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Montpellier | Musée Fabre et MO.CO. : une histoire singulière de l’École des beaux-arts de Montpellier jusqu’au 3 mai

27 Mar 2026 | Arts plastiques

Le musée Fabre et le MO.CO. de Montpellier rendent conjointement hommage à l’École des beaux-arts de la ville dans une exposition tripartite mêlant patrimoine historique et création contemporaine, jusqu’au 3 mai.

En rendant hommage à l’École des beaux-arts, le MO.CO. et le musée Fabre rappellent qu’elle a participé au rayonnement de notre cité montpelliéraine, définissant son identité. Et que ses locaux furent son premier asile, dès la fin du XVIIIe, en attendant François-Xavier Fabre. Ainsi, cette opération tripartite est amplement justifiée. Si le MO.CO. se veut avant tout rétrospectif, puis prospectif, le musée Fabre mêle les époques et ouvre son patrimoine aux artistes émergents ou « émergés ». Le public découvrira donc le dialogue entre patrimoine et actualité des artistes de demain, tandis que les amoureux du contemporain redécouvriront le riche patrimoine ancestral.

Au MO.CO., trois axes temporels sont convoqués : le premier met en exergue le passé, dès le premier niveau, et la chronologie des directeurs émérites (Charles Matet, Georges Dezeuze ou Camille Descossy), enseignants (Dominique Gauthier) ou étudiants notables, dont certains demeurent familiers par les noms de rue (Ernest Michel, Max Leenhardt, Frédéric Peyson…). Le premier niveau consacre un espace important aux époustouflantes œuvres de jeunesse de Claude Viallat (Bœuf écorché, Scènes de guerre, portraits de famille, nature morte) et à son épouse tout juste disparue, Henriette Pous-Viallat (intérieurs intimistes). Ces tableaux méconnus et inattendus, mais proches des années de formation, voisinent avec eux de Vincent Bioulès (paysage aérien et maritime) ou de Daniel Dezeuze (Retour du Mexique). On rejoint vite les années Supports-Surfaces et les pliures de Saytour, l’apparition de la forme chez Viallat, les avatars du support chez Dezeuze. Le rez-de-chaussée met en exergue les quatre artistes du groupe ABC (sculptures anamorphiques d’Alkema, toiles abstraites d’Azemard, bandes verticales de Bioulès, triptyque mono-tonal de Clément) puis des personnalités marquantes telles que Rouan ou Bernard Frize. On retrouve Supports-Surfaces et les spectaculaires rouleaux de sangles de Saytour, les râteliers à bambous et les instruments de cueillette de Dezeuze, confrontés aux premiers Combas, période Mickey. On imagine le choc des générations. Enfin, le sous-sol propose un riche panel (forcément non exhaustif. Moi-même en ce texte je ne puis citer les 105 artistes recensés). Nous sommes accueillis par une installation sonore de Ganaëlle Maury puis par les vidéos de bivouacs anglais de Grout/Mazéas. Première surprise : des œuvres in situ, telle la fresque murale, entre BD et surréalisme d’Alain Lapierre et Jimmy Richer, un triptyque à quatre mains signé Benchamma et Miquelis, un autre triptyque plus modeste, modulant des cristaux de sulfate de cuivre, de Marie Havel et Clément Philippe. Deuxième surprise ; le brassage des générations puisque aux toiles très colorées de Marc Aurelle ou aux rouleaux percés et dessinés de Caroline Muheim, pas loin de petits tableaux du regretté Joël Renard et d’une photographie pleine de dérision de Joachim Mogarra (à redécouvrir !), se mêlent les velours brossés de Samuel Spone (cf. Boite noire), une fresque murale de Toma Dutter (cf. Iconoscope, avec Benoît Pype, l’homme aux nichoirs d’oiseaux), une toile à grille de Chartier-Poyet (cf. Vasistas) ou les fumées sur bois manifestantes de Pablo Garcia (Al/Ma). Celui-ci, présent au musée Fabre (triptyque néo-pop), se taille la part du lion tout comme Rodolphe Huguet, ses bidons bosselés de terre cuite sur le parvis, ses photos de SDF dans le hall et ses simulacres de cagettes cassées dans la coursive. Espace qu’il partage avec le cyanomètre de Gwendolyne Samidoust et les panonceaux mexicains d’Agnès Fornells. Le cinéaste Jean-Baptiste Durand n’est pas oublié.

On a pu voir au MO.CO. certaines œuvres actuelles se glisser parmi les « historiques » : la boîte à outils de Marie Havel, une vidéo de Lucas Mancione, des subtils assemblages muraux de François Dezeuze… Le parti pris devient systématique au musée où nous accueillent d’un côté une projection numérique de Michel Martin, de l’autre une volumineuse sphère planétaire, suspendue, de Bruno Peinado (une immense toile tournante au miroir nous avait déjà frappés au MO.CO.), tandis qu’au sol les mains de Geoffrey Badel nous font quantité de signes. Ainsi, des œuvres de jeunesse d’artistes célèbres se mêlent aux collections : Dezeuze, Henriette Pous-Viallat, Soulages ou Toni Grand (copiant Moïse), face à des dessins académiques… Bioulès peignant le domaine de Méric au milieu de paysages de ses aînés (dont Couderc). Parmi les surprises : Un immense tableau, les potes aux bains de Gaétan Vaguelsy, fait face aux Baigneuses de Courbet. Un triptyque sculptural et sonore d’Alba Sagols toise en trois temps de vie un célèbre Ribeira. Ici les travaux préparatoires de Mona Young-eun Kim pour le plafond des Halles Laissac se mêlent aux œuvres d’Ernest Michel, ailleurs entre deux étages, une vidéo ensorcelante de Chloé Viton, précède les cactées artificielles de Nicolas Aguirre cerné de paysages exotiques. Les céramiques de Joëlle Gay se glissent parmi les œuvres majeures de Germaine Richier. Une bataille de Combas s’interpose entre les grands tableaux de la longue galerie des colonnes où nous attend le cheval géant de Sébastien Duranté, tandis que la pionnière Valentine Schlegel fait face aux vitrines de la Réunionnaise Gabrielle Manglou. 105 artistes en tout et beaucoup d’œuvres exhibées pour l’événement. Et bien sûr les éternelles absences à déplorer. Mais rien, ni nul, n’est parfait.

BTN

Plus d’infos : museefabre.fr et moco.art
Photo : ©MOCO

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