Lucie + Louisa : deux femmes qui n’ont pas froid aux yeux parce qu’elles aiment manœuvrer dans des zones qui, en général, dérangent, qu’il s’agisse du féminisme, de la critique des élites et des moyens de contrôles exercés par le pouvoir, ou encore des séquelles du colonialisme.
La première, Lucy McKenzie, est écossaise et vit en Belgique. Elle touche un peu à tous les moyens d’expression : peinture narrative et satirique inspirée des grandes fresques propagandistes (et revoilà Diego Rivera !…), sculptures en ready-made de mannequins plus ou moins vêtus, en référence à Duchamp, installations somptueuses qui nous laissent à hésiter entre une œuvre d’art et un objet au design saisissant. Elle aime à revenir sur les inventions du passé et sur les désuets trompe-l’œil. Citons les images, en l’occurrence des dessins, qui défilent derrière les vitres des trains, aux origines des films. Le cinéma l’interpelle ouvertement ainsi que le prouve son clin d’œil explicite à American Psycho qu’elle transcrit en une longue scène intimiste où une file de présences féminines assiste à la douche du protagoniste, inversant les données de l’érotisme traditionnel, le plus souvent masculin. Les expositions de Lucy McKenzie sont le plus souvent spectaculaires. Au CRAC de Sète, elle a souhaité intégrer les mannequins de cire anatomique conservés à la fac de médecine de Montpellier.
Louisa Marajo est martiniquaise et particulièrement sensible aux problèmes environnementaux notamment liés à la prolifération des Sargasses et des tempêtes océaniques. Elle aussi fait flèche de tout bois et travaille tant les images que les textes, les sculptures que les objets et conçoit son intervention au CRAC comme une scénographie immersive. Il s’agit avant tout d’un court-métrage, réalisé pas loin de là, dans un autre port de la côte, Le Grau-du-Roi, lors d’une résidence. Solidarité des destins nous plonge ainsi dans l’univers quotidien des petits pêcheurs en chalutiers, ces gens qui vivent de et dans la mer, espace de mémoire et de métamorphose. Louisa Marajo y donne la parole aux femmes. Elle dévoilera la pêche ultra-violette et une love-story annoncée comme toxique entre une sirène et un poisson. Tout un programme, en écho à Escale à Sète, manifestation populaire s’il en est.
Plus d’infos : crac.laregion.fr
Photo : Lucy McKenzie, « Mural for Cromwell Place (Francis Bacon’s Studio) », 2024. Huile et acrylique sur toile, 300 × 600 cm (3 panneaux de 300 × 200 cm), encadrée, cadre sur mesure réalisé in situ. Courtesy de l’artiste et de la Cabinet Gallery, Londres. Photo : Useful Art Services.












