Lunel invite cet été l’un des maîtres de l’anamorphose, Georges Rousse, à investir l’Espace Louis Feuillade jusqu’au 12 septembre, pour une sélection d’une trentaine d’œuvres associant photographie et peinture in situ.
Pour le deuxième été consécutif, la ville de Lunel décroche le gros lot en invitant l’un des maîtres de l’anamorphose, Georges Rousse pour une sélection d’une trentaine d’œuvres se référant à des espaces provenant d’un peu partout en France et dans le monde. Je dis œuvres car le spectateur découvrira avant tout des photos de lieux abandonnés, ou publics, parfois plus intimes telle une galerie.
L’artiste en a peint partiellement les spécificités : murs, plafonds, sols, creux et reliefs architecturaux de telle sorte qu’une forme plus ou moins complexe apparaisse ensuite sur l’image qu’il en extrait et développe. Il s’agit pour lui d’adopter un point de vue et de travailler le lieu à partir de ce dernier en fonction de l’intention poursuivie ou si l’on préfère d’une finalité plastique découverte sur place. Les tirages sont en général très imposants et les formes variées : géométriques et monochromes ou au contraire, décoratives et d’une complexe polychromie. C’est le cas pour celle qu’il présente in situ en l’ancienne chapelle lunéloise et qui se développe en feu d’artifice coloré, et expansif, animant les murs austères de l’ancien lieu sacré, plus précisément son aile en arc de cercle, sans doute vestige d’un ancien transept.
Ainsi la peinture, laquelle suppose un travail préalable de réflexion, d’expérimentation et d’esquisses au dessin, vient-elle se poser sur une architecture qui lui sert de support avant que l’image ne se fige, selon une perspective unique, en image photographique, de manière à nous restituer une anamorphose. Le public pourra se rendre compte de la prouesse réalisée par Georges Rousse en pénétrant l’espace peint avant de le considérer avec le recul nécessaire à l’expérience anamorphique.
Il s’agit ainsi d’un jeu d’illusion, mais un jeu sérieux qui consiste également à une des-illusion puisqu’au fond on s’y pénètre de cette évidence : ce que nous voyons et ce qu’il en est de la réalité, cela ne coïncide pas forcément. Cela fait au moins deux et plus. Belle leçon de relativité à l’heure où les points de vue s’arc-boutent sur des certitudes qui ne demanderaient qu’un léger décalage pour que le réel nous apparaisse autrement. Le romancier Giono, décrivant le plus beau des hêtres du monde en convenait volontiers : d’un certain point de vue, il est splendide mais changez ce point de vue, il redevient simplement beau. Rousse aime ajouter de la couleur à la grisaille ou inversement ramener du noir et blanc dans un espace suffisamment coloré. Il joue ainsi de contrastes. Ce qui est ici pourrait être autrement. Ce qui était perdu peut recouvrer des couleurs. La complexité appelle la simplification, géométrique par exemple, et réciproquement. Il anime littéralement les lieux tout en sachant que son intervention ne peut qu’être temporaire, vouée à la destruction et que seule une photographie témoignera de son passage.
BTN
Plus d’infos : lunel.com
Photo : ©Georges Rousse à Lunel












