Sélectionner une page

L’Art-vues a lu | « Lettres à un inconnu » de René Pons, par BTN

20 Juil 2026 | Livres

Il y avait La lettre d’une inconnue de Zweig. Il y aura Les Lettres à un inconnu, de René Pons. Le pire cauchemar, pour un écrivain édité, c’est de ne point être lu, ce qui n’est en réalité pas possible (son éditeur, lui-même comme premier juge et puis quoi, en dernière instance, je suis là !). Mais nous sommes dans l’espace littéraire, autant dire aux marges de la fiction… Ne point être lu, une aberration existentielle : un peu comme un livre jamais ouvert et qui demeure lettre morte.

Pour éviter cette expérience des limites, l’épistolier s’invente un x comme en mathématiques, une figure opérationnelle, un destinataire imaginaire, censé lire ses élucubrations sans toutefois répondre. Un être qui existerait « de ne pas exister ». Cette expérience se déroule du 11 octobre au 24 novembre 2013. Chaque jour, l’écrivain sur le métier remet son ouvrage afin de se maintenir en écriture ainsi qu’on se maintient en vie : « C’est une terrible chose, pour moi, que de terminer un livre. C’est un peu comme si je mourais. » Le besoin d’écrire est en effet incontrôlable, obsessionnel, un vrai  « syndrome de Shéhérazade ».

Le principe de la lettre quotidienne fournit une contrainte fertile et en quelque sorte un pré-texte. Les contenus ne manquent pas, ils s’agglutinent à l’instar des nuages avant de jaillir en orage de mots. Un enterrement propice aux méditations religieuses honies, les cérémonies du 11 novembre et une réflexion sur la guerre, des lycéens scotchés à leur portable, le milieu de l’édition, le mystère de la féminité, une balade à Uzès qui fait penser à Gide qu’on ne lit plus, l’admiration pour Senancour que l’on ne connaît pas, la vie en milieu rural, les avantages paradoxaux de l’insomnie, la feria nîmoise, le rapport aux proches… Et ainsi de suite jusqu’au retournement dialectique final dont l’auteur a le secret, qui aboutit à un renoncement. L’écriture est vitale mais la vie aussi. Une écriture limpide, lisible par tous mais intransigeante. Un témoignage enfin. Et capital, même.

BTN

Édition La Voix Domitienne.

A lire aussi

Toulouse | Le Nouveau Printemps 2027 s’invite sur l’île du Ramier, avec le Centre Pompidou – du 27 mai au 27 juin 2027

Toulouse | Le Nouveau Printemps 2027 s’invite sur l’île du Ramier, avec le Centre Pompidou – du 27 mai au 27 juin 2027

Du 27 mai au 27 juin 2027, Le Nouveau Printemps s’associe au Centre Pompidou, dans le cadre de sa constellation, pour une édition imaginée par l’écrivaine Maylis de Kerangal sur l’île du Ramier...

Lire