Il s’agit d’une réédition quelque peu enrichie. Comme quoi l’antérieur et son Futur peuvent faire bon ménage. Le premier texte, A bas bruit, l’affirme dans sa conclusion : « Il n’y a de futur qu’antérieur ». L’auteur aime à multiplier les vérités générales surtout si elles prennent l’apparence de paradoxes. Il ne faudrait pas croire toutefois que l’on ait affaire à un ouvrage par trop sentencieux.
Il s’appuie sur des anecdotes intimement vécues, autant dire des souvenirs, telle la maladie et l’hospitalisation puis la mort du Père divinisé : « – Père, que fait le vent quand il ne souffle pas ?… ». Nous sommes dans un milieu rural, avec ses rites et sa simplicité qui ne dédaigne pas de temps à autre la référence érudite. Cette apparente simplicité, Roch Salager cherche à en restituer l’essence dans son langage personnel, son style si l’on préfère, qui ne cède à aucun moment à la tentation du prosaïque. Les mots sont choisis avec soin pour leur rareté : ainsi une terre ordinaire recèle-t-elle des trésors du passé et ce n’est pas par hasard si un archéologue finit par exhumer des reliques là où le soc avait sillonné tant de fois. Le véritable archéologue, c’est le poète. Lui seul est apte à extraire du passage d’une belle femme en la banalité du quotidien urbain, Paraphe de l’échéance, un peu de cette éternité qui fascinait déjà Baudelaire.
La dualité temporelle, ce futur et cet antérieur, enfin réconciliée ou mieux, restaurée, se double en fin de livre du thème de la gémellité sans la section Mirages et Miroirs. C’est la courte histoire de deux jumeaux à tête d’œuf, dont l’un officiera aux funérailles de l’autre, celle de Cyprien N qui hérite de la tache de vin de son grand-père Cyprien précisément, de la souffreteuse Van de Kerkhove dont la mystérieuse angine chronique révèle le fin mot de son énigme dans la dernière page du livre. L’auteur raconte aussi sa nuit de prison, à l’instar d’un Nerval, dénoncé à tort par de trop zélés anonymes. Ou le curieux destin de Georges M, dont la vie n’a tenu qu’un fil, pour cause de ressemblance avec un sosie peu reluisant. Coïncidences ou double jeu du marionnettiste ? Entre les deux parties latérales, Précis de soif paraît plus abstrait. Les dualités se multiplient, se combinent, s’allient : désert et désir, le Dire et le Lire, L’improbable et le fini, la mémoire et l’êtreté : « Le feu le plus vivant se trouve au beau milieu des glaces ». Qui a dit qu’une image était d’autant plus réussie qu’elle naissait de deux réalités éloignées et justes ? Chez Roch Salager, Futur antérieur forme l’une de ces images.
BTN
Editions Le Retrait.