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Montpellier | Kiki Smith explore le corps dans « Être ici, Maintenant, Partout » au MO.CO. – jusqu’au 11 octobre

7 Août 2026 | Non classé

Être ici Maintenant Partout, n’est-ce pas la fonction du corps, omniprésent dans l’œuvre de Kiki Smith (?) et on s’en rend compte dès l’accueil avec sa sculpture où une femme expiatoire, bras en croix, attend le bûcher à l’instar des anciennes sorcières. Et pas seulement le corps mais son intériorité, les organes, représentés au bas de l’escalier par une Divination Faith en bronze.

Ensuite on entre de plain-pied dans l’univers intime de l’artiste : ses dessins de jeunes femmes sur papier népalais avec une intéressante variation sur le thème de la chaise que l’on retrouve par bouquets, suspendue dans l’espace, en papier mâché. On repère au mur sa Black Madonna en bronze, sa série de sérigraphies où elle ose se représenter en Banshee, une linogravure sombre où alternent visages et organes mis sur le même plan. Et aussi un portrait d’homme assis, très velu, sur des plaques de lave ou des natures mortes sur miroir qui peuvent donc potentiellement refléter tout le corps. Une silhouette toute de papier vêtue se glisse parmi nous, sorte de peau sans organe.

Ensuite, au fil des trois étages, on découvre à la fois l’ampleur de l’œuvre, la plupart des obsessions de l’artiste s’étalant sur plusieurs décennies, ses supports de prédilection, dont, moins attendues, la photographie ou l’impression numérique (Evening star). Au premier étage, en particulier, on repère sa fascination pour l’anatomie, ainsi qu’en témoignent une série de neuf monotypes en portfolio ou ses représentations du système nerveux. Un bras de bronze et argent (Silver vein) semble désespérément abandonné à nos questionnements sur le monde et la place que nous y occupons. On s’aperçoit de l’importance oubliée de nos dents dans nos palais. Le féminin règne en maître(sse) – on pense à l’énigmatique Mammary – même s’il se présente parfois à nous telle une créature déchue (Fallen). Il est dessiné de manière stylisée, dans le plus simple appareil, à savoir notre dénominateur commun : le corps et les mouvements qu’il engendre comme pour expérimenter son environnement naturel.

Justement ! Au rez-de-chaussée, on franchit une étape tout en demeurant sur terre puisque le corps est élargi au thème de l’animalité : une biche semble donner naissance à une femme aux divines proportions. Les loups, les rapaces interviennent dans des œuvres brodées ou dans des tapisseries, les paons dans un polyptyque dessiné, tandis que les lapins ont droit à une frise sur fond rouge. Une spectaculaire tapisserie est réalisée aux Gobelins sur le thème de la mer. Inversement, on sera sensible à un assemblage d’œufs sur un tapis aviaire.

Le sous-sol nous amène progressivement, et paradoxalement, à lever les yeux vers le ciel et ainsi à accorder davantage de place à l’esprit. Le thème de l’étoile est décliné comme celui des constellations en bronze ou des nébuleuses en alu. La chouette devient un emblème féminin. Kiki Smith revient dans ses tapisseries en jacquard sur Eve et le serpent (Earth). Elle rappelle l’importance de l’eau dans une sculpture plate en bronze, assez récente (2023), Darkwater, en monochrome bleu.

Sur l’ensemble de l’exposition, l’on remarque la présence de formats non négligeables, dans lesquels l’artiste fait flotter le dessin corporel, à la manière des primitifs, auxquels font penser certaines sculptures. Trois niveaux, c’est bien ce qu’il fallait pour nous permettre de mieux pénétrer cet univers très singulier qui nous maintient encore un peu les pieds sur terre. Et le corps qui va avec.

BTN

Plus d’infos : moco.art
Photo : Dark Water, 2023, bronze, 182,9 x 165,1 x 71,1 cm, Courtesy Timothy Taylor © Kiki Smith

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