Cette expo estivale de notre Sétois national (et plus) au Pont du Gard permettra au public de découvrir la plupart des tableaux consacrés par Robert Combas à l’Antiquité. Beaucoup sont de grande dimension, à la mesure du monument, les dessins plus modestes fonctionnant par séries. Les premiers sont pour la plupart consacrés à la guerre, thème récurrent chez Combas, comme les duels et scènes de violence, bien en accord avec le climat, l’époque qui les a vus naître. Pourquoi l’Antiquité ? Parce que si l’on considère la préhistoire comme l’enfance de l’humanité, cette période historique semble appartenir à son adolescence et que l’œuvre de Combas est elle-même imprégnée de ses goûts et découvertes de jeunesse (BD, rock, cinéma…). D’autre part, elle met en exergue, comme l’œuvre de l’artiste, la notion de héros (Portrait d’Achille), de corps à corps souvent mortels (Gladiateurs narbonnais), et de batailles (l’immense Guerre de Troie, qui avoisine les 9 m de long), parfois de grands déplacements humains (Le contournement de Sète par Hannibal).
Elle est connue également pour ses hommes illustres. Combas met ainsi en évidence une galerie de portraits de personnages célèbres, et même de dieux anthropomorphes, en référence à des peintures et sculptures qui hantent les musées et l’histoire de l’art. Le peintre les interprète dans son style particulier et reconnaissable entre tous, soit en grand (Le Kadoré) soit en petit format (Démosthène, Caton, Vénus au firmament…). Il les soumet à l’épreuve du tatouage, académique, que l’on peut considérer telle une métaphore de la peinture conçue comme une façon d’embellir ou d’interpréter le réel. Le fond est dépouillé, la saturation, typique du style de Combas, se focalise alors sur le corps. Il les réalise à partir d’une mixture à l’encre dont il garde le secret et ainsi les maintient dans des tonalités sombres où la couleur ne souligne humoristiquement que les lèvres, par exemple. Après le calme et la tempête, le repos de l’éternité.
Enfin, si la guerre occupe une grande place dans l’imaginaire de l’artiste, Combas n’oublie pas son antithèse, la paix, synonyme pour lui de repos du guerrier, de l’érotisme et de l’amour (Portrait de Geneviève ma fiancée en princesse du sud), même si la guerre n’est jamais très loin (Geneviève guerrière amazone).
Le Pont du Gard et Combas semblent ainsi faits pour s’entendre.
On trouvera donc des œuvres intensément colorées, et empreintes de virulence, à même d’animer les pierres pérennes du monument (un mapping nocturne est d’ailleurs annoncé), saturées d’informations de tous genres liées au traitement complexe du fond. On sent dans cette constante spécifique à son œuvre comme une tentation d’abstraction paradoxale que l’on ne souligne jamais assez lorsque l’on parle de sa peinture : Le roi expose, Motoromain, Extrait de guerre… Chaque œuvre est pour lui un combat au corps à corps, dont il lui faut quotidiennement triompher et qui lui ouvre les portes de l’inexploré. Il y a de la représentation certes dans ses toiles, mais pas que… En saturant la représentation, Combas la fait basculer dans une dimension inédite. S’y exprime le même désir conquérant du nouveau qui le fait avancer, à l’instar des anciens Romains et Grecs, vers d’autres territoires…
La prolifération des personnages nous amène au seuil de la visibilité. C’est sensible dans le tapis (Bataille de romains contre des Barbares sûrement européens). Qui a lu l’Iliade d’Homère a dû ressentir cette impression de pléthore. De même la lecture d’un roman comme Guerre et Paix, auquel fait allusion le titre. On se sent un peu perdu comme doit se sentir perdu celui qui donne l’assaut, sans trop savoir ce qu’il en adviendra ensuite de son destin…
Ajoutons que les œuvres s’échelonnent de 1984 (Guerrier soldat grec), les débuts de l’artiste, jusqu’à cette année 2026. Avec en prime une représentation du Pont du Gard, stylisée, surveillée par un gardien-soldat tandis que le dieu des eaux coule sous les arches, c’est le rôle de l’eau que de couler sous les ponts du temps. Quelques sculptures (Énée contre Turnus Harald, l’arc de triomphe, La déesse Isis Vénus, Ave Cesar) montrent que Combas s’est également intéressé au volume. Enfin, prenons garde à la signature qui entérine pour l’artiste l’achèvement du tableau. Avec elle nous basculons dans la maturité. Il en est de même du titre. Et parfois même d’un long texte qui l’accompagne.
Pour finir, Combas inverse la fameuse phrase de Queneau : « y’a pas que l’art, y’a aussi la rigolade ». Elle est synonyme de recul, de distanciation. Au diable le sérieux.
BTN
Plus d’infos : pontdugard.fr
Photo : Bataille intemporelle, 1988, Robert Combas












