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Sète | « Philippe Cognée. L’œuvre du temps », exposition estivale du musée Paul Valéry

26 Juin 2025 | Arts plastiques, Musées

L’histoire d’amour entre Sète et la peinture figurative se poursuit du côté du musée. Après Boisrond ou Martial Raysse, Robert Combas ou Topolino, c’est l’un des artistes phares des années 80-90 qui est à l’honneur pour une expo exclusivement picturale et qui se déploie sur deux étages.

Au rez-de-chaussée, précédées d’une série d’autoportraits à l’encaustique, les premières productions de l’artiste, autour du labyrinthe, peint comme un jeu de l’oie, et du minotaure, mais aussi de toutes petites peintures sur bois, format carte postale, et croquant l’environnement immédiat de l’artiste. Des scènes de la vie familiale, à la plage notamment, déjà dans le style flouté qui le caractérise, et des décors plus intimistes : chambres d’hôtel, échappant à l’oubli, table conviviale, intérieur avec lit et fin de repas. Le thème de temps est crucial et c’est pourquoi il est mis en exergue dans le titre retenu pour couvrir plus de 5 décennies de production : L’œuvre du temps. On en a un bel exemple dès que l’on passe à l’étage avec les 32 fusains écrasés sur papier qui composent une série consacrée à des immeubles ressemblant à leur future ruine. Des vues de mégapoles babéliques (Traverser la ville), de Beaubourg ou, ironie du sort, de châteaux de sable, sur toile marouflée, la complètent et y ajoutent quelques traces de couleurs. Quand on parle du temps, le thème de la mort n’est pas loin, notamment celui des vanités et des Memento mori. C’est la raison pour laquelle Cognée s’est intéressé aux crânes, cervelles et autres carcasses, en particulier grâce à une impressionnante suite de 36 gros plans à l’encaustique sur la bête écorchée, revisitant la tradition de Rembrandt à Bacon. Un triptyque d’amaryllis, démesurément agrandis, témoigne de la splendeur, mais aussi de la vulnérabilité de la nature, soumise à l’ordre temporel des choses. Cognée s’est souvent servi de la photographie ou de la vidéo pour composer ses peintures, travaillées selon un protocole très particulier impliquant un film plastique et un fer à repasser, afin de déréaliser l’image.

Il ne faut pas croire que l’artiste, confiné dans son atelier, ne sait pas profiter des innovations technologiques à même d’enrichir son art. C’est le cas pour ces vues aériennes de New York ou Tokyo sans parler de la référence directe à Google. De même, il est capable de s’attaquer, toujours en grand format, à des plans d’ensemble désignant la foule. L’artiste évolue avec son temps. La dernière salle résume quelque peu les époques, les genres différents auxquels s’adonne Cognée puisque l’on y retrouve les portraits de proches (Andy et Martin), des hommages à la nature florissante (La lumière vient des fleurs ou Champs de coquelicots), des souvenirs d’Afrique (l’artiste y a passé son enfance) et une œuvre aussi récente et dépouillée que La lune se lève sur la mer calme, une marine bien dans l’esprit du musée sétois face à la mer. Les livres d’artistes ne sont pas oubliés, avec James Sacré, Bernard Noël, François Bon, Michel Onfray etc. Au bout du compte, une œuvre qui prouve que la peinture a toujours quelque chose à nous apprendre, nous qui passons, comme elle, notre temps à construire et détruire. Celle de Cognée ne lésine pas avec la matière. C’est cette générosité qui la fait durer, malgré les injures du temps qui passe.

BTN
Plus d’infos : museepaulvalery-sete.fr
Photo : Philippe Cognée, Sandrine et Philippe sur la plage à Albuféra, 1996, Collection particulière © artist’s studio © ADAGP, Paris, 2025

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