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Sérignan | Au Mrac, les aquarelles naturalistes de Toma Dutter et un nouveau parcours des collections prennent possession des lieux

21 Fév 2025 | Arts plastiques, Expos, Hérault

Nous sommes d’autant plus heureux de voir Toma Dutter occuper le cabinet d’arts graphiques du Mrac qu’il est originaire de Montpellier et que sa présence en un lieu aussi prestigieux prouve la vitalité de la création en région (et la sagacité du Mrac).

Sa production s’articule autour de la marche en milieu naturel comme pour renouer ce lien qui se perd avec une nature dont nous sommes pourtant partie intégrante et qui se rappelle de temps à autre à notre souvenir à travers des catastrophes climatiques. D’autant que l’artiste a vécu le passage d’un cyclone sur l’île de la Réunion, il y a quelques années. Son intervention est faite justement d’un refuge en bois à partir duquel apprendre à observer ce qui nous entoure. Les sons intenses de la tôle secouée par la tempête rappellent la fragilité du vivant, et plus particulièrement de l’humain, malgré ses présomptions et sa tendance à tout dominer. L’exposition contient aussi de petites maquettes en bois censées nous faire réfléchir à une meilleure intégration et symbiose avec la nature, et une plus grande, à notre échelle, sans doute pour mieux nous interpeller, assortie d’un trépied qui ressemble aux appareils de projection. Jouant habilement de la dualité construction humaine et paysage tropical, à même de cohabiter, Toma Dutter recourt essentiellement à l’aquarelle qui lui permet de fixer le vertige d’une émotion face aux lieux qu’il parcourt et qu’il choisit les plus sauvages possibles (La Réunion, ou plus près de nous la Lozère ou l’Ardèche). Ainsi, nous livre-t-il des traces de paysages apaisées après le passage du cyclone ou des représentations d’abris au cœur de la végétation. Trois bassins, à l’aquarelle, est transposée en toile, face à des branchages envahissants. Il réserve le dessin à l’étude d’un grand cactus tropical qui s’adapte au milieu qu’il adopte et au passage des vents violents. L’artiste nous met en immersion et ne se contente pas de constater un état de fait, il offre des solutions, et ma foi, en ces temps de déprime, cela paraît plutôt encourageant. Enfin, il faut parler de son dessin Cyclogénèse où les créations humaines semblent pulvérisées et se livrent à une chorégraphie aussi somptueuse qu’inquiétante (tueuse).

Tandis que s’achèveront, dès la mi-mars, les deux expositions consacrées l’une aux objets de Vidya Gastaldon, l’autre aux vidéos d’Arnaud Dezoteux, une nouvelle proposition de fleurons de la Collection (augmentée d’œuvres du FNAC) sera mise en place autour des œuvres majeures de Buren (cabane éclatée aux caissons lumineux) et de Nathalie du Pasquier (« cabina »). La thématique est cohérente et le parcours assez limpide, incluant de nouvelles acquisitions ou dons d’artistes (Côme Mosta-Heirt). On voyage ainsi dans le XXe siècle avec une litho de Joan Mitchell, Dado, Messagier, Mosset, et même un Supports-Surfaces, Noël Dolla… Mais aussi dans les expos temporaires du Mrac (Armleder, Kusnir, Anne-Marie Schneider, Simon Starling…). Aux grands ainés viennent s’ajouter les jeunes générations. Celle de Mimosa Echard, notre alésienne d’origine. Le titre est inspiré par une œuvre de MCMitout intitulée Allons, qui démarre en fanfare, laquelle réalise un wall-painting dans le style quelque peu naïf qui la caractérise, tandis que Pierre-Olivier Arnaud s’occupe du sol, avec ses séries d’orchidées sur lesquelles marcher. Le canadien Zin Taylor en réalise un autre, proche de la BD que le Mrac apprécie tant (cf. Crumb), en lequel sont incluses des œuvres de MC Mitout et Camilla Oliviera Fairclough. Les maquettes de projets d’Olivier Vadrot entrent en résonance avec des pièces d’artistes renommés tels que Xavier Veilhan, Delphine Coindet, Bruno Serralongue ou Loïc Raguénès… La vidéo est représentée par Claude Cogitore qui s’est intéressé au festival nocturne de Bâle, ressuscitant quelque peu la Ronde de Rembrandt. Il y a un peu de tous les formats et matériaux. Des noms célèbres comme celui de Fabrice Hyber ou de Marie-Ange Guilleminot, l’Allemand Tobias Rehberger, en train de le devenir, à l’instar de Neil Beloufa, ou qui mériterait de l’être davantage tel le Marseillais Gérard Traquandi, l’univers étrange de Mïrka Lugosi. Bref le Mrac surprend à chaque renouvellement de ses Collections et c’est ainsi qu’on ne se fait guère prier pour y retourner.

BTN

Plus d’infos : mrac.laregion.fr
Photo : © Toma Dutter

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