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Villeveyrac : Michel Batlle expose à l’Abbaye de Valmagne jusqu’au 30 septembre

2 Mai 2023 | Art & Expos, Arts plastiques, Hérault

L’Abbaye de Valmagne, entre Montpellier et Béziers, fut l’un des fleurons de la spiritualité cistercienne, ce qui ne l’empêche pas, plus concrètement, d’être réputée pour sa production viticole. Ainsi, le corps et l’esprit y vivent-ils en harmonie. Michel Batlle, depuis quelques années, s’est éloigné des grandes tendances de l’art contemporain dont il a été si proche (directeur de la revue Actes Sud…), pour rechercher, dans la sculpture, des formes et figures correspondant à son besoin d’accéder à l’essentiel. Il expose à l’abbaye jusqu’au 30 septembre. 

À savoir l’Humanité et ce qui la caractérise. Le métal sera son matériau de prédilection, à la fois ancestral et industrialisé, donc moderne : à la fois tactile, corporel et intemporel dans ses facultés de résistance, comme le squelette après tout. Cela passe par une prise en considération du corps humain, mais qu’il prive, en quelque sorte de sa matérialité, en laissant le vide en occuper l’habituelle masse ou plénitude. Ainsi dépouille-t-il la statuaire de sa vanité, mais aussi de ses aspects contingents et dépendant des styles et modes. Ce n’est pas pour rien qu’il se définit tel un « artiste en plein vent », à l’instar de nos ancêtres itinérants, d’avant l’histoire. La silhouette humaine, hiératique, tend chez lui à l’universel. Par sa légèreté relative, mais aussi par les nombreuses interventions verticales qui la caractérisent et l’enrichissent, elle trouve naturellement sa place dans un lieu médiéval tourné vers les forces de l’esprit et la contemplation céleste. On a ainsi l’impression que les organes de chair ont quitté le corps, se sont abstraits et occupent l’extérieur pour mieux mettre en évidence la figure centrale et le vide qui la constitue. D’autant que l’espace de l’abbatiale offre une hauteur non négligeable tandis que les sculptures de Batlle ne cachent point leur désir d’occuper au mieux la volumétrie de la nef. Ses sculptures tendent à l’élévation. Le cloitre incite, de manière plus intimiste, à un parcours qui fut jadis celui des moines, en prière ou en activités plus récréatives, dans les galeries ou au cœur du jardin ou encore près de la fontaine.

Batlle ne se limite pourtant point au corps humain, traversé de longues tiges qui peuvent rappeler la douleur dont la chair est victime, et celle subie par le seigneur honoré par et dans cet édifice, à la base roman puis devenu chef-d’œuvre du gothique. Et qui constituent comme un écrin à claire-voie, car l’humain est précieux, la croisée de bien des points à partir desquels rayonne le sens qui fait exister et prendre conscience. L’artiste doit se faire un devoir de présenter les choses de manière originale, inattendue, ce dont ne se prive pas Batlle dans ses sculptures géantes, mais aussi quand il recourt à la tête humaine, ou au visage, car elle est le siège de la pensée, d’où s’origine précisément cette postulation vers l’élévation, pas uniquement religieuse mais recouvrant d’autres secteurs d’activités dont l’art. Car il concourt à l’amélioration du sort et de la condition de l’humain, peut-être à leur maîtrise. En peinture, il présente ces têtes de différentes manières, effacées, fragmentées en bandes discontinues, expressionnistes, comme en 3D, mais pas seulement… Pour Batlle l’art contemporain ne progresse pas beaucoup depuis les grandes innovations du cubisme ou du futurisme. Il se contente d’apporter de légères modifications à des bases innovantes. L’art, selon lui, doit au contraire à tout prix susciter des bouleversements cruciaux. C’est ce qu’il s’efforce de faire avec ces sculptures sans concession et dans lesquelles chacun peut se retrouver, se projeter, quitte à emplir le vide du plein de ses volontés ou de ses aptitudes créatrices. Car il s’agit ici de partage. On est toujours dans l’humanité, dans son universalité. Dans l’engagement au fond, pour la cause humaine et pour une haute idée de la mission de l’art.

BTN

Plus d’informations : valmagne.com

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