Le regain d’intérêt actuel pour la peinture en France ne doit point nous faire oublier qu’un certain nombre de réfractaires ont résisté à son rejet durant les décennies les plus intransigeantes, et qui aujourd’hui mériteraient que l’on prenne en considération leurs recherches obstinées, exécutées dans la discrétion. Anne-Marie Soulcié aura produit ainsi une œuvre exigeante.
D’autant qu’elle peut se revendiquer de plusieurs atouts : elle emprunte aux cultures primitives qui ont enrichi notre champ de représentation, et par là même, elle vise à l’universel ; elle s’épanouit dans une certaine osmose tant formelle que culturelle (les peintres viennois du XXe et l’art traditionnel africain ou du Maghreb, la stylisation japonaise), et rejoint ainsi la fascination actuelle pour l’hybridité fois ; enfin, elle ne se satisfait pas des images convenues et conventionnelles et vise à renouveler notre approche du portrait.
Le recours à des masques, au profil plutôt qu’au frontal, la déformation des visages témoigne d’une quête intérieure, sinueuse, aventureuse, qui vise à retrouver l’autre, celui qui diffère de nous. Ainsi, cette œuvre acquiert-elle une dimension symbolique. Dans les dernières toiles à l’huile, l’horizon se complexifie, les plans se multiplient comme des miroirs qui réfléchissent, la face et le profil ne font plus qu’un.
La logique n’est plus respectée comme dans le rêve, plus exactement le tableau impose ses lois, sa logique intrinsèque. Les propositions sont étranges, déroutantes, exotiques et pourtant, par leur format, elles semblent proches de nous, comme si les créatures voulaient communiquer avec nous. Comme s’il s’agissait d’un de nos portraits potentiels. C’est sans doute ce qui fait leur particularité : la symbiose.
BTN
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Photo : © Anne-Marie Soulcié