Un lieu voué à l’art contemporain dans un espace commercial, c’est original et pertinent, d’autant que la Scène nationale se trouve à quelques mètres à peine. Encore faut-il que le public ose franchir le seuil. Un artiste comme Laurent Le Deunff, présenté jusqu’au 10 mai, est de ceux qui doivent y aider tant son œuvre est à même de toucher tous les publics, tant celui des familles que celui des spécialistes et passionnés.
Les premiers car les enfants seront sensibles au décor comme aux bêtes familières qui le remplissent, les D’autant qu’en l’occurrence le Bordelais s’est ingénié à faire entrer le paysage extérieur à l’intérieur du Parvis en concevant un sous-bois encore sous la brume matinale et hivernale, qui inspire ce titre peu commun : La grisaille persiste encore, avec toutefois une possibilité d’éclaircies. Comme dans les contes, la forêt est un endroit enchanteur où les animaux nous font parfois la grâce de nous apparaître. Et de disparaître, c’est un peu le sens de la mise en scène imaginée par l’artiste.
Ainsi Laurent Le Deunff, sculpteur avant tout, déploie-t-il un bestiaire auquel la matière donne forme, qu’il s’agisse de bois, de carton pâte, de papier mâché ou de matériaux urbains, parfois même nobles tel le bronze. Il peut s’agir d’animaux sauvages à l’instar de l’ours ou du castor (le premier sculpteur et architecte) mais tout aussi bien du chat domestique (dessiné, et qui nous regarde à partir du séjour d’autres artistes) ou de ceux que l’on considère avec quelque dédain, l’escargot ou limaces. Posés sur socle, ils supplantent les sculptures trop souvent vouées à l’exaltation humaine. Avec une tendance à pratiquer l’hybridation du vivant et de l’inerte, une marmotte par exemple peut devenir fontaine à eau. Le Parvis est ainsi entièrement occupé de cette reconstitution forestière immersive en laquelle l’artiste inclut un terrier géant ou un tapis de branches, feuilles et écorce où les hiboux supportent des plantes insomniaques, ou encore un arc en ciel. Les règnes cohabitent et coexistent mais l’humain y apporte son ingérence nuisible en la personne de chasseurs ce qui permet à l’artiste de glisser son autoportrait dessiné.
L’art de Le Deunff s’appuie sur la pratique du faux-semblant et de la distanciation teintée d’humour (mais pas que : il y a aussi une réflexion d’ordre écologique évidente). Ce que nous voyons n’est souvent que du trompe l’œil (au Mrac, une collection de pierres géantes était en carton-pâte, au Palais de Tokyo un crâne sur socle à hauteur d’enfant est constitué d’ongles de l’artiste). Il n’est pas seulement sculpteur au demeurant assez brut mais aussi dessinateur d’une rare délicatesse hyperréaliste.
BTN
Plus d’infos : parvis.net
Photo : ©Laurent Le Deunff Blaireau, 2023 Rusticage / Concrete Photo : Rebecca Fanuele Courtoisie Semiose, Paris / Courtesy Semiose, Paris