Pour sa rentrée, la Maison des arts de Bages met en regard deux univers singuliers : celui de la photographe Pauline Le Pichon, qui joue avec les manipulations et ambiguïtés de l’image, et celui du peintre narbonnais Patrick Sauze, qui explore la peinture comme un espace vidé, entre codes fondamentaux et circulation du sens.
La première interroge les ambiguïtés de l’usage photographique. Il suffit d’élargir le champ de vision et d’adopter un plan plus ample du sujet sur lequel on s’est focalisé pour découvrir une autre réalité que celle attendue. On imagine le nombre de manipulations par l’image qui ont pu être véhiculées par les médias, parfois à leur insu. C’est à ce jeu que nous convie Pauline Le Pichon. Elle multiplie les propositions duelles, entre d’un côté des images de base sujettes à interprétation subjective ou à illustration d’une pseudo-vérité, de l’autre la réalité recadrée, proposant une vérité peut-être relative mais en tout cas plus exacte. Une femme déjeunant sur une terrasse : en fait les pieds dans l’eau de mer. Des jambes de possible cadavre reprennent tout leur sens dans un contexte intimiste. Une porte ouverte précipitamment annonce en fait une agression sauvage. Toutes les nuances sont déclinées : de l’humour à la violence et de la simple attente à la détente.
Patrick Sauze, n’est pas si éloigné de l’une et de l’autre tellement il pratique, sur un autre plan, décalage. Il ne recourt pas à l’image, mais elle brille par son absence puisqu’il s’intéresse aux Écrans, titre d’une série. Le cadre devient plastique, s’émancipe et sort de sa banalité orthonormée. L’intérieur du tableau peut être coloré (monochrome ou camaïeu) ou évidé. On a l’impression que ses peintures cherchent à faire le vide, se limitant à quelques traits épais et épandages colorés. Elles s’inscrivent en creux par rapport au trop-plein d’images et de sensations diverses qui nous empêchent d’y voir clair. Elles se focalisent sur l’Art dans ses fondamentaux : sa constitution, ses codes, la circulation qu’il engendre, sa production de sens. Elles aussi invitent à prendre du recul, propice à la réflexion et la méditation, plus qu’à la fiction. Les photographes-plasticiennes y suffisent bien.
BTN
Plus d’infos : maisondesarts-bages.fr
Photo : © Œuvre de Pauline Le Pichon