« Images indociles » titre cette 56ᵉ édition des Rencontres de la Photographie d’Arles qui témoigne comme habituellement de l’état du monde et de la société, aussi bien que de la création artistique présente, passée ou en devenir. Il y est fortement question d’engagement, quand la photographie devient outil de résistance et de transformation sociale face aux crises contemporaines.
Éclatées dans plusieurs lieux d’Arles, entre cloîtres, églises et palais dont quelques joyaux patrimoniaux, les Rencontres proposent un parcours passionnant, comme autant de passages sur une polyphonie d’univers, de l’Australie au Brésil, en passant par les Caraïbes et les États-Unis, sans oublier bien sûr l’Europe, soulignant la richesse des cultures et la diversité des origines. La manifestation arlésienne ne déroge pas à la célébration de la cuture brésilienne mise à l’honneur dans notre pays tout au long de cette année 2025 avec la Saison Brésil-France. L’exposition Futurs ancestraux propose ainsi une réflexion sur la mémoire et l’identité, mais également sur l’héritage colonial et les luttes des communautés afro-brésiliennes, à l’image de la communauté de Serra à Belo Horizonte, la plus grande et ancienne favela brésilienne, mettant en avant le travail de photographes tels que João Mendes, Afonso Pimenta et Claudia Andujar. À découvrir également, l’exposition consacrée au Foto Cine Clube Bandeirante (FCCB) fondé en 1939 à São Paulo, qui illustre une période charnière de la photographie moderniste brésilienne, traversée par l’art néo-concret, le Cinema Novo ou encore la bossa nova.
Peuples premiers et route mythique
D’un continent l’autre, on passe en Australie dont plusieurs artistes explorent la relation que les peuples premiers entretiennent avec leurs terres (On country, photographie d’Australie), avant de poursuivre le voyage avec US Route 1 qui revisite le projet inachevé de Berenice Abbott. Anna Fox et Karen Knorr ont en effet prolongé l’exploration par la première de la route mythique reliant le Maine à la Floride, révélant les mutations profondes des États-Unis. S’y ajoute l’exposition consacrée à Louis Stettner qui fait la jonction entre Amérique et Europe, entre Street Photography américaine et photographie humaniste française. Incontournables également l’exposition de l’Italienne Letizia Battaglia qui témoigne de la violence de la mafia sicilienne dans la ville de Palerme avant d’admirer, dans un univers totalement opposé, l’étoffe des photographes qui ont accompagné la carrière du couturier Yves Saint Laurent, signant la rencontre de la mode et de l’art.
Loin des célébrités et des trompettes de la renommée, il ne faut pas manquer l’originalité des images anonymes – chacune d’entre elles pouvant être le début d’une histoire – de la collection Marion et Philippe Jacquier. Composée de près de 10 000 tirages anonymes et amateurs, cette exposition offre un vaste corpus d’histoires visuelles où se mêlent intime, documentaire et insolite, entre fragments de vies passées et instantanés du quotidien. Un orpaillage à l’image des Rencontres de la photographie d’Arles qui opèrent ce subtil alliage du spectaculaire et de l’anecdotique, du vernaculaire et de l’universel, enrichissant à chaque étape le regard du visiteur.
L.A.
Plus d’infos : rencontres-arles.com
Photo : Tony Albert (Kuku Yalanji), David Charles Collins et Kieran Lawson. Super-héros de Warakurna #1, série Super-héros de Warakurna, 2017. Avec l’aimable autorisation des artistes / Sullivan+Strumpf.