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Aniane : Fabien Boitard expose à La Chapelle des pénitents jusqu’au 28 mai

19 Avr 2023 | Art & Expos, Arts plastiques, Hérault

La production picturale de Fabien Boitard prouve que l’on n’en a toujours pas fini avec la peinture et qu’il aura, depuis trente ans, grandement contribué à son renouvellement. Cette exposition, du 21 avril au 28 mai, dans un village où il réside, à quelques encablures de son atelier, et du domaine de Capion qui soutient l’initiative, lui permet de faire le point sur un travail de recherche abordant tous les genres : le paysage et le portrait, mais aussi les nus et les motifs floraux ou animaliers, sans parler de la vanité, laquelle éclaire quelque peu les finalités de l’œuvre.

Cette dernière est tout d’abord combative, contre l’injustice sociale et artistique ainsi que le prouvent les visages de manifestants défigurés (qui rappellent les Women triturées de De Kooning). Elle est ensuite revendicative : elle soutient, depuis le début, la cause de la peinture, contre vents et marées qui l’ont très souvent ignorée ; elle revisite les codes des médias dominants afin de donner du corps, de la chair et même des blessures à l’image, qui se charge dès lors de matière… Ainsi, si la forêt donne bien sur un château de rêve, elle révèle sa matérialité colorée qui illustre bien la difficulté de toute quête, tandis que l’arrogant bâtiment, tout au fond de l’image, passe pour un prétexte à force d’être flou et improbable. Elle est également ironique et joue sur des effets de distanciation, recourt à l’humour et au clin d’œil complice, qu’il s’agisse d’exhiber le croupion d’un canard en plongée, de caricaturer une famille anglaise ou la « bande d’enc. » d’une classe d’ados ordinaire, voire de se payer la tête d’un puissant de ce monde, notamment ceux qui font la pluie et le beau temps dans le milieu de l’art. Par ailleurs, cette œuvre n’ignore pas les contraintes du cadre, mais est tout aussi capable de se présenter sous forme de châssis découpé, dès lors qu’il s’agit de traiter le motif de la tente, du terrain de tennis, de l’hexagone et sa météo ou du bateau à voile.

Fabien Boitard conçoit la peinture comme une provocation et non comme un déploiement de technique et de savoir-faire, que par ailleurs il maîtrise. S’il s’attaque à un sujet, c’est pour le renouveler. Il fait de très gros plans sur des oiseaux mais il les imagine mazoutés, ce qui l’autorise à user de la coulure, en un geste pertinent. L’animal se détache sur un fond neutre et vaporeux ce qui lui permet de s’accaparer les codes de la photographie. Il en est de même sur ses séries de branches où la matière picturale fait éclore les fleurs et célèbre ainsi la renaissance de la peinture. Fabien Boitard revendique aussi la possibilité de raconter autrement. Ainsi conçoit-il, dans certains tableaux, une continuité oculaire et sensible qu’il nomme ruissellement. On voit des traits d’union organiser la circulation du regard d’une montagne à un arbre, de celui-ci à une série de pavillons stylisés, puis à un château ou à une étendue d’eau reflétant le ciel. La peinture a ainsi cette capacité de synthèse, à condition de ne pas se contenter de reproduire photographiquement la réalité mais, à la manière du poète, de tourner le dos à la convention afin de réorganiser subjectivement le monde autour de soi. Depuis l’atelier jusqu’aux multiples ailleurs concevables, que favorisent aujourd’hui les moyens de diffusion de l’information et de la fiction, notamment les données iconiques empruntées à Internet ou au numérique en général. Cette confiance absolue dans la peinture fait que Boitard revisite les chefs-d’œuvre : Suzanne et les vieillards, et leurs antécédents mythologiques, Leda et le cygne… Il y ajoute sa singularité et ses tendances iconoclastes car l’artiste selon lui ne saurait s’imposer de limites ni de règles. Il doit à tout prix innover, même, et je dirais a fortiori, s’il s’attaque à des sujets aussi rebattus que le coucher de soleil, qu’il n’hésite pas à traiter à la manière d’un spectre de Rorschach.

Il n’est pas inutile de souligner que cette exposition cadre avec le printemps un peu comme le motif de la tente ou du bateau dans les « shaped canvas » coïncide avec les contours du tableau… Cette coïncidence va de pair avec la renaissance d’une certaine peinture que l’on peut vérifier un peu partout et notamment au Mo.Co. et son hommage à l’Immortelle (auquel il participe). Sauf que Boitard, qui s’y connaît en vanité, choisit plus humblement le passager, le contingent, partant le Mortel. La Chair, même en peinture, est périssable, si l’on ne lui donne pas de quoi se sustenter honorablement.

BTN

Plus d’informations : ville-aniane.com

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