Une activité peut en cacher une autre. Jacques Agniel est avant tout antiquaire. Son atelier à Aigues-Vives regorge de curiosités, toutes époques confondues. Depuis 25 ans toutefois, il concocte une œuvre picturale et sculpturale dont il offre, à l’orée de l’automne, la primeur à sa ville d’adoption. Le Temple lui permet, en effet, de tendre et suspendre, le long des murs, des toiles libres de grandes dimensions tandis que le centre sera occupé par de fins ouvrages en métal récupéré, très ajourés, à dominante géométrique, avec leur cadre et leur volume, voués à des variations sur la forme circulaire.
Ces machines à bonheur sont puisées dans la réalité et sont réutilisées de sorte qu’elles entament une nouvelle vie, laquelle n’exclut pas de conserver les traces de l’ancienne. On pense à un dessin dans l’espace qui mettrait en exergue une dynamique fixe, une sorte de mobilité suggérée, de mécanique gratuite. Il est toujours bon de sortir du système. Le cercle, c’est la forme parfaite, que l’on retrouve dans la nature et dans le cosmos, ce qui justifie le titre de cette exposition : Les étoiles s’alignent. Ces cercles, de différentes dimensions, car ce qui nous paraît semblable en l’espace infini est souvent en réalité de taille distincte, sont unifiés par la patine noire ou rouillée. Ils flottent dans l’espace vacant grâce aux lignes, des sortes de baguettes qui les relient entre eux par les vertus de la soudure, dans une impression générale d’équilibre et d’harmonie. Une modeste maquette de perfection bien en accord avec le lieu qui l’accueille, voué à la reconnaissance de la perfection divine. Et ainsi du Tout dans ses rapports aux parties. Tout bouge en ce monde, même si nous avons l’impression de fixité.
On retrouve cette nécessité de l’équilibre global dans les toiles libres de Jacques Agniel, avec la récurrence systématique des figures de cercle, disposées en quinconce, selon une suite qui confine à l’infini et qui s’inspire quelque peu de la disposition aérienne des oliviers dans nos champs méditerranéens. Les supports sont divers : rideaux, bâches, draps, morceaux de siège, pièces de dentelle… Ils ne renient pas la filiation avec l’ami Viallat, bien au contraire. Dans la salle du Temple, ils pourront atteindre des dimensions inouïes et habiller les murs nus. La peinture réagit différemment selon la surface qu’elle imprègne, ainsi, le résultat est toujours une découverte, une surprise. Le hasard fait d’ailleurs bien les choses puisque les supports ne sont pas cherchés, mais trouvés. Les couleurs plus expérimentées que calculées. Ici aussi, il s’agit de redonner de la vie, sans renier les origines diverses du support, souvent populaires, et qu’il convient de préserver pieusement. Ils sont notre mémoire. Pour figurer ces cercles qui envahissent, à intervalles réguliers, la surface, Jacques Agniel se sert de pochoirs en carton ou en toile cirée. Tantôt la peinture recouvre le support, tantôt celui-ci conserve certains de ses attributs originels, y compris l’écru sans apprêt ou la toile blanche. Les transparences rappellent les phénomènes lumineux qui enchantent les feuillages et frondaisons. Les possibilités d’attaque sont multiples d’autant que le cercle peut se faire cible ou globe oculaire stylisés, la contre-forme s’épaissir ou s’enrichir des différentes particularités du support.
Rien ne se perd en effet des récupérations de l’artiste. Tout semble dans Tout et réciproquement. En ce lieu voué jadis à la dévotion, Jacques Agniel nous amène à voir le ciel de manière différente. Dans la matérialité pourrait-on dire, qui n’exclut pas la légèreté. La surface de la toile permet cet ordonnancement idéal que suscite la répétition du même. À quelques nuances près toutefois, car si tous les êtres sont semblables, ils sont également pour la plupart différents. Il en est de même des étoiles sur toile libre de Jacques Agniel. Elles nous forcent à lever la tête. Vers l’harmonie universelle. Loin des imperfections qui nous entourent quand nous restons le nez collé au sol.
BTN
Plus d’infos : aigues-vives.fr