La vie sur terre, les empreintes de l’homme, Paul Dardé. Ainsi se découvrent les collections permanentes du musée lodévois. La géologie, la paléontologie et bien évidemment l’art, incarné par son plus fier représentant. On pourrait y ajouter l’œuvre temporaire dessinée par Armelle Caron sur le parvis et qui fait écho au rêve aborigène, présenté durant la saison estivale, et aussi à un art urbain sur lequel laisser sa trace de pas au sol, ce qui modifie considérablement les perspectives. L’artiste invitée jusqu’en janvier entre en résonance aussi bien avec les sciences de la Terre et de l’homme précitées qu’avec les activités plastiques dont elle se réclame, mais qui se révèlent à nous de manière redressée, contrairement à sa consœur sétoise. Anouck Manzoni travaille en effet à l’encre sur papier et laisse l’œuvre subir une longue épreuve du temps avant d’évoluer, tel l’homme qui se redresse pour quitter le stade animal, vers sa plénitude esthétique. Ses réalisations, privilégiant tantôt le noir, tantôt la couleur, nous plongent dans un univers à la fois cosmique et microcellulaire, dans un espace indécis qui s’apparente à ces images dont se servent les spécialistes de l’âme humaine afin de déceler nos obsessions. On les assimile volontiers au spectre de Rorschach et au phénomène de paréidolie si cher à Léonard (Kokishi, par exemple, peut faire penser à une poupée japonaise). Quand elles prennent l’allure d’un paysage, avec ses strates géologiques apparentes, elles peuvent rappeler les expériences surréalistes.
L’œuvre d’Anouck Manzoni a besoin de beaucoup d’eau. C’est grâce à elle que peuvent se moduler les diverses nuances qui enrichissent ses formes et lui attribuent la rugosité minérale de la matière brute. Les formats ne sont pas très imposants. On sent la volonté de l’artiste de conserver une relation intime avec sa production et de la partager avec le commun de ses semblables. La peinture ne recouvre pas en effet systématiquement le support. Il lui arrive de le traverser, donnant alors l’impression que nous avons une partie d’un tout qui se situe à l’extérieur du cadre.
Ainsi chaque œuvre d’Anouck Manzoni promet des prolongements infinis, ce qui explique pourquoi elle nous fait penser à la genèse cosmique (Cosmic dance), et inversement microscopique. Chaque fragment appelle au Tout. Elle aime à se référer à la notion de « rhizome » mise en lumière par les penseurs Deleuze et Guattari. Ainsi l’artiste cherche-t-elle à incarner le vivant dont elle fait partie et qu’on ne saurait limiter à sa présence matérielle. Le rhizome a ses tubulures qui confinent au monde dans son ensemble. L’œuvre d’Anouck Manzoni aime à considérer l’œuvre comme un passage, d’un temps à l’autre. De la confrontation à la matière à ses prolongements spirituels. Au fond, de la terre à l’humain et de celui-ci à ce qui le dépasse. Anagogie, tel est le titre attribué à cette exposition automnale : ravissement de l’âme dans la contemplation des choses divines…
Par ailleurs, le musée de Lodève nous annonce pour la fin novembre une exposition consacrée aux stars de la recherche scientifique que sont les météorites. Une partie artistique, en corrélation avec la thématique choisie, permettra de découvrir les installations d’Yvan Le Bozec, les sculptures d’Hubert Duprat, les peintures au noir de Soulages, les photographies de ciels nocturnes d’R.A. Dormeuil ou les œuvres surprenantes de Laurette Atrux-Tallou.
BTN
Plus d’infos : museedelodeve.fr
Photo : Eternity, Anouck Manzoni












